Souvenirs sur Aragon et Elsa, 2001 (posth.), en librairie

Souvenirs sur Aragon et Elsa (posth.) - Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2001 en librairie

Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2001, en librairie

En 1972, mon père a écrit Vladimir Pozner se souvient. Il y relatait des rencontres, des amitiés, des parcours communs, des bouts de vie avec Brecht, Eisler, Pasternak, Picasso, Oppenheimer, Chaplin et bien d’autres, non pas tant parce qu’il s’agissait de gens célèbres mais plutôt parce que les rencontres de sa vie s’étaient ainsi faites, visions parallèles du monde, chemins de l’émigration parcourus de concert, bouillonnement des marmites mentales.
Tout un chapitre était consacré à Elsa Triolet et Louis Aragon. Plus tard, en 1989, quand le livre a été réédité, Volodia – c’est mon père – a augmenté le volume mais supprimé le passage en question. Ou plutôt, il l’a mis de côté, avec une idée simple en tête. Depuis toujours, comme on dit, Elsa et Aragon faisaient partie de son paysage. Elle, c’était la Russie, où il avait été enfant et adolescent, lui, c’était la poésie, le tout premier métier de Volodia, et une certaine fraternité des idées politiques. Tout cela remontait aux années vingt et mon père avait gardé des notes, bribes de discussions, traces d’événements, observations, remarques, aide-mémoire à main levée. Pourquoi ne pas les utiliser, reprendre le texte publié dans Se souvient, y ajouter tout ce qui n’y avait pas trouvé place, en faire un petit livre ? Il y avait tant à raconter, du dit et du non-dit, et du sous-entendu à porter au grand air.

André Pozner, préface, mars 2001

Les premiers mots

Le mardi 16 juin 1970, rentrant de l’école, mon petit-fils écoutait la radio, comme d’habitude. Il a alerté sa mère, elle a décroché le téléphone.
– Tu sais ?
Je n’ai rien compris.
– Elsa.
J’entendais au fond la voix du speaker :
– Nous venons d’apprendre la mort.
Et la voix du garçon :
– À dix-sept heures trente.
– À dix-sept heures trente, répéta Catherine.
Je m’informai stupidement :
– Où sont-ils.
Ma fille comprit, dit :
– Il est avec elle.
– À Saint-Arnoult, dit Sébastien.

A propos de…

L’auteur, disparu en 1992, montre beaucoup de délicatesse pour faire le portrait
d’Aragon et d’Elsa. Ses souvenirs sont aujourd’hui édités par André, son fils, et Daniel, son petit-fils, qui ont retrouvé ce carnet vert dont la couverture est ornée d’une colombe. Pozner, alias « Volodia », y notait entre 1946 et 1977 tous les détails de son amitié, de sa complicité avec le couple, au-delà des hautes turbulences. Il parle de la jeunesse d’Elsa si rieuse, révèle un Aragon vieillissant et évoque ses propres conflits avec le Parti communiste. Un bel ouvrage de famille.

Ruth Valentini, Le Nouvel Observateur, 2001

Après une longue absence, je ne m’attendais plus à ce bonheur chaque fois éprouvé quand un livre de Vladimir Pozner arrivait sur ma table, avec le V. signant la dédicace, d’autant plus brève, disait-il, qu’il éprouvait de l’amitié pour le destinataire. Pour moi il n’y avait que deux ou trois mots avant le V. Et puis voici ce petit livre : Souvenirs sur Aragon et Elsa. Courez l’acheter, pour 50 francs. Vous ne perdrez pas votre temps. L’essentiel c’est de retrouver le style si particulier de Pozner : concision, sous-entendant plus qu’exprimant, style dépouillé, inimitable, parfait. Lisez ! Pozner c’est toujours une provocation à l’espoir et à la tendresse. C’est aussi le mot juste, ouvrant dans le cœur du lecteur des routes nouvelles. J’écris ceci pour réveiller les éditeurs. Pozner doit revenir. Pozner revient.

Madeleine Riffaud, Faites entrer l’infini, 2001