Souvenirs sur Gorki, 1957

É.F.R., 1957

É.F.R., 1957

En exergue

J’aime la vie, j’en suis passionnément amoureux
et j’aurai l’honneur de le lui prouver.
Maxime Gorki, Lettre à Srédine, 5 janvier 1900

Les premiers mots

La lampe était hors d’atteinte. Elle pendait au plafond avec son abat-jour vert doublé de blanc et son système de poulies et de contrepoids qui permettait de la promener à travers la chambre, par exemple de la tirer jusqu’au lit pour la rallumer sous les couvertures et lire encore, malgré le couvre-feu familial, quelques chapitres de Fenimore Cooper ou d’Erckmann-Chatrian. Mais il fallait d’abord atteindre la lampe : grimper sur une chaise, se dresser sur la pointe des pieds, lever le bras. Elle n’en faisait pas moins partie de mon domaine : livres et timbres-poste. L’homme, point.
Il venait d’entrer dans la chambre. Ma mère et mon père se tenaient à ses côtés et ne se donnaient même pas la peine de dissimuler le plaisir qu’ils éprouvaient à l’idée de présenter à un ami qu’ils admiraient leurs deux fils qu’ils n’admiraient pas moins.

A propos de…

C’est une vibration intérieure qui ne peut se définir mais qui confère aux souvenirs de Pozner une profondeur, une résonance et une intensité singulières. Et qui a pour effet de donner au lecteur le sentiment que, lui aussi, il a eu la bonne fortune de partager les journées et les entretiens de Maxime Gorki.

Joseph Kessel, Les Lettres françaises, 1957

Les Souvenirs sur Gorki de Pozner font revivre avec un art admirable, sans avoir l’air d’y toucher, un très grand homme dans sa vérité de tous les jours. Vladimir Pozner a eu le privilège d’être l’ami de Gorki depuis sa petite enfance jusqu’à la mort du grand écrivain. Il a connu Gorki avant la révolution, a fait ses premières armes d’auteur sous son égide, pendant les années de guerre civile à Moscou et Petrograd, l’a fréquenté à Berlin et à Capri pendant les années de tension entre Gorki et le pouvoir soviétique…

Claude Roy, Libération, 1957

Ecrits de mémoire, ces souvenirs ont le charme de ces images de l’enfance et de l’adolescence qui sont les plus sincères, les plus tenaces et les plus justes. Parmi ces souvenirs sur l’homme, l’écrivain apparaît et prend sa place dans cette grande lignée des romanciers russes…

Tribune des nations, 1957

S’il est permis à chacun de parler de l’écrivain Gorki, il n’est donné qu’à ceux qui l’ont approché de parler de cet Alexeï Maximovitch Pechkov qui, compréhensif, prévenant et compatissant, a paradoxalement pris le nom de Gorki (mot russe dont le mot « amer » est la traduction française). Vladimir Pozner fut au nombre de ces privilégiés.

Francis Jourdain, L’Humanité, 1957