L’attentat de l’OAS

Le 7 fĂ©vrier 62, dans l’aprĂšs-midi, une explosion voisine Ă©branle nos carreaux. C’était Ă  cĂŽtĂ©, rue Mazarine, chez Vladimir Pozner. Volodia avait Ă©crit rĂ©cemment Le lieu du supplice, l’histoire d’un soldat du contingent qui est contraint en AlgĂ©rie d’assister (au moins) aux tortures infligĂ©es aux AlgĂ©riens. (
) L’OAS, oĂč il y avait de fins lettrĂ©s, envoya un tueur chez Volodia. (
) Pendant que le docteur Aboulker l’opĂ©rait Ă  la PitiĂ©, j’attendais Ă  l’hĂŽpital avec d’autres amis et la dĂ©lĂ©gation du ComitĂ© central du Parti communiste. Un des membres de celle-ci se lamentait : « Le camarade Pozner n’avait donc pas lu les instructions donnĂ©es par L’Huma ? Il Ă©tait bien recommandĂ©, en cas de bombe au plastic, de s’éloigner le plus possible et de se coucher Ă  plat ventre. » Le ton Ă©tait affectueux, mais dĂ©sapprobateur. Volodia survĂ©cut. Il aura dans sa vie traversĂ© pas mal de labyrinthes et d’épreuves ambiguĂ«s : le Parti, l’exclusion, l’exil en AmĂ©rique, le Parti Ă  nouveau, Staline, la dĂ©stalinisation. J’aimerais bien qu’un jour il Ă©crive ses MĂ©moires. Je ne suis pas sĂ»r qu’il le fera. Ceux qui savent se taisent. Ceux qui parlent ne savent pas. Est-ce Lao-tseu ou un communiste qui l’a dit.

(Claude Roy, Somme toute, 1976)

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Portrait GĂ©raldine Pardo

Je       t’embrasse.

Nous avons besoin de ta tĂȘte.
Guerri vite. [sic]
Je t’embrasse encore une fois.
Nazim Hikmet
[sur une page d’agenda du lundi 12 fĂ©vrier 1962]
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Ma chĂšre Ida,
Je pense beaucoup Ă  toi. J’ai eu AndrĂ© au tĂ©lĂ©phone, d’aprĂšs sa voix j’ai pensĂ© que Volodia allait un peu mieux. As-tu besoin de quelque chose, appelle-moi quand tu pourras.
Le jour oĂč Volodia a Ă©tĂ© blessĂ©, je dĂ©jeunais avec S. de Beauvoir, nous parlions de son livre qu’elle a trouvĂ© excellent, et qu’elle a fait lire Ă  tout son entourage. Elle m’a retĂ©lĂ©phonĂ© depuis pour avoir de vos nouvelles.
Je t’embrasse bien tendrement. Je n’ose pas venir te dĂ©ranger car je crois que tu as besoin de calme. Embrasse Volodia et AndrĂ©.
Gégé [Géraldine Pardo]
(1962)
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Paris le 17 février 62
5, rue de Lille (VIIe)
Mon cher Pozner,
Je n’ai pas Ă  te dire mon indignation de ce qui s’est passĂ©. Ceci seulement pour te serrer la main et te souhaiter une prompte guĂ©rison.
Toute mon affection.
Tzara

Maurice Baquet

Juin 40, l’exode, extrait des carnets de notes de Vladimir Pozner

19 juin 1940. – (…) Deux heures plus tard, j’étais Ă  Castel Novel. Pierre, GisĂšle et Simone PrĂ©vert (Jacques est Ă  Varetz oĂč il a conquis officiers et soldats d’une colonne de trains et part avec eux pour les PyrĂ©nĂ©es), Marcel Duhamel, le colonel Ulrich, Valery Adams qui a peur que l’AmĂ©rique n’entre en guerre et que les Allemands ne la gardent comme « hostage », Nando et GĂ©gĂ©, la mĂšre, la sƓur et le frĂšre de GĂ©gĂ©, Odette Joyeux, son fils et sa mĂšre, Ginette Lamour avec ses deux gosses et la bonne, Flora, un vieux docteur et sa femme, etc., tous Ă©chouĂ©s ici comme de vieux papiers apportĂ©s par le vent.
Dans les communs, les derniers Espagnols, Lilette Pinsard qui, sachant conduire depuis un mois seulement, a amenĂ© dans une 6 CV Renault, que son beau-frĂšre suivait en vĂ©lo, sa mĂšre, ses deux sƓurs et les bĂ©bĂ©s respectifs de celles-ci, ĂągĂ©s l’un de sept mois et l’autre de deux semaines. Enfin, des affectĂ©s spĂ©ciaux de chez Hotchkiss. Plus bas dans les allĂ©es, un convoi du train et un convoi sanitaire.
« À Brive, dit Ida, les Ă©vacuĂ©s font la queue devant la mairie pour rentrer chez eux, dans le Nord. »
T.S.F. : les Anglais, en Libye, ont tuĂ© vingt Italiens, blessĂ© plusieurs autres et fait des prisonniers : important succĂšs. Nos armĂ©es continuent toujours Ă  se retirer en bon ordre et en combattant sur des positions prĂ©parĂ©es Ă  l’avance.
Le capitaine et le lieutenant du convoi du train d’en bas montent à minuit au chñteau. On leur donne à manger, ils coucheront dans le couloir, dans des sacs de couchage.
Il y a aussi, Ă  Castel Novel, Maurice Baquet, zouave, qui vient de Royan oĂč, pour le service cinĂ©matographique des armĂ©es, il Ă©tait en train de tourner un film de propagande : « Tourelle 3 ». Les aviateurs de Royan se sont embarquĂ©s pour le Maroc, ils ont donnĂ© Ă  Maurice un papier l’autorisant Ă  se rendre Ă  Brive et Ă  y attendre le 1er juillet. « Ils Ă©taient huit mille pilotes professionnels qui n’avaient pas eu de zinc depuis le dĂ©but de la guerre. Des as ! Ils faisaient des loopings et des tonneaux avec un vieux bombardier de trois tonnes, le seul qu’ils avaient Ă  leur disposition. Il y avait aussi trois avions de chasse, mais non Ă©quipĂ©s de mitrailleuses : quelquefois, pour calmer la population, on les faisait voler bas au-dessus de Royan. DĂšs que les Allemands arrivaient, ils se barraient : ils n’étaient pas armĂ©s. »
Le lieutenant du train tient des propos subversifs : l’unique salut de la France, Ă  l’heure actuelle, c’est l’Union soviĂ©tique. Il n’est pas le seul Ă  l’avoir dit et redit sur la route, depuis Paris.

20 juin 1940. – Nous prenons nos dispositions avec Ida. Échange de noms, d’adresses. Rendez-vous dans le Midi, ou à Madrid, ou à Lisbonne, ou à New York.
Baquet part avec moi sur sa moto. Il s’embĂȘte Ă  Castel Novel, mi-soldat, mi-civil. Je l’annexe. Il roule devant moi en disant aux automobilistes de se ranger.
Nous évitons Brive, pataugeons dans de petits chemins (depuis que nous avons dépassé la Creuse, les orages et les averses nous fouettent plusieurs fois par jour), débouchons sur la Nationale 20, dix-neuf kilomÚtres avant Souillac.
Elle dĂ©borde de convois, la Nationale 20, les camions se suivent sans interruption, chargĂ©s de soldats dĂ©boutonnĂ©s et sans casque, Ă  l’intĂ©rieur, sur les marchepieds, sur les ailes des voitures. Plus de civils : ils ont Ă©tĂ© refoulĂ©s sur les petits chemins. Ceux que nous avons pris tout Ă  l’heure Ă©taient semĂ©s de voitures Ă  matelas (sur le toit), Ă  bicyclettes (attachĂ©es par devant et par derriĂšre), Ă  pneus et bidons de rĂ©serve (n’importe oĂč) ainsi que d’hommes amphibies, soldats par en bas, civils par en haut (ou peut-ĂȘtre centaures ?), ou vice-versa, Ă  pied ou en vĂ©lo, et qui ont tout l’air de se retirer sur des positions prĂ©parĂ©es Ă  l’avance par leurs familles respectives. Comme ils ne sont plus pressĂ©s, ils s’arrĂȘtent au bord de la route pour dormir ou faire la causette.
Les deux expressions les plus en vogue actuellement : « dans la nature » et « colmater ». Exemples : « Depuis Paris, le dĂ©tachement Lorcy s’est perdu dans la nature », « Le MinistĂšre a quittĂ© La Bourboule, il est dans la nature », « On a abandonnĂ© les camions dans la nature » ; « dans la nature » a remplacĂ© « quelque part en France ». Exemples : « Alors, tu colmates ? », « On bouffe, on dort, mais on n’arrive pas Ă  colmater », « Si j’ai vu des gendarmes sur la route ? Deux, dans une bagnole qui ont essayĂ© de me gratter, mais je les ai bien colmatĂ©s », « Elle a un beau chĂąssis, la mĂŽme, je lui colmaterais bien la poche », « Qu’est-ce qu’on s’est fait colmater par les Fritz ! » Origine : expression employĂ©e par Weygand au dĂ©but de l’offensive allemande : l’ennemi a rĂ©ussi Ă  former une poche que je suis en train de colmater.
Les raffinés emploient également le terme : Bourbaki.
ArrĂȘt Ă  Souillac pour trouver du pain. Je fais six boulangeries, dans de petites rues, toutes les six fermĂ©es. Maurice en trouve chez une marchande de vĂ©los. Et moi, je dĂ©niche deux boĂźtes de pĂątĂ©, denrĂ©e disparue tout comme les sardines.
La ville est bondée de troupes. Des soldats, des sous-offs, des officiers subalternes font les boutiques les unes aprÚs les autres à la recherche de nourriture.
Une voix : « Pozner ! » Assis Ă  cĂŽtĂ© du chauffeur d’un camion, Pierre Morange, infirmier, que j’ai vu pour la derniĂšre fois alors qu’il Ă©tait stationnĂ© au Fort de Vanves. « Nous allons Ă  Lunel », dit-il. Le convoi de la 22e S.I.M., Ă©vadĂ© du Val-de-GrĂące, passe vers Lunel.
AprĂšs Souillac, les convois se suivent. Nous nous perdons avec Maurice, nous retrouvons, nous perdons Ă  nouveau. Les vĂ©hicules se suivent Ă  la queue leu leu : les Studebakers verts en rĂŽdage, les vieux camions Renault et Latil, des citernes, des ambulances, des Simca, des canons, sur une camionnette, quatre mitrailleuses de DCA jumelĂ©es, des voitures civiles ornĂ©es d’un petit drapeau tricolore, des bennes, des caissons, le tout enfilĂ© par des motocyclistes en cuir, casquĂ©s, un mousqueton en bandouliĂšre.
Au sommet d’une montĂ©e, sur un fond de lande et de ciel, subitement dĂ©serts, un petit char 6 tonnes avec dix soldats qui manifestement rentrent chez eux.
Dans un embouteillage, Maurice raconte : « Ce matin, il est venu de la ferme cinq ou sept soldats isolés. Ils avaient faim, ils sont venus demander à manger, et ils parlaient de révolution ».
Nous rentrons Ă  Vers. « J’ai cru que vous aviez dĂ©sertĂ©, dit Perreau, ou que vous vous ĂȘtes fait barboter la voiture, ou que vous avez eu un accident. » Je remercie avec effusion pour cette marque de confiance.
Pendant que je roulotte avec le colonel, Maurice nous trouve Ă  manger chez l’épicier du village qui vient de regagner ses foyers, en principe, pour finir une convalescence. Nous mangeons pour rien, et l’on nous trouve une grange avec des poules. Quand nous y rentrons, il s’en Ă©chappe une, en voulant la remettre dedans, nous en laissons partir deux autres, bientĂŽt, nous en sommes Ă  jouer au rugby sur la route avec des poules pour ballon. Il y a deux trous dans le toit de la grange par lesquels on voit le ciel, mais il ne pleut pas.

PoĂšmes de circonstance Стохо ĐœĐ° ŃĐ»ŃƒŃ‡Đ°Đč, 1928

Unique recueil de poÚmes (en russe) publié par Pozner.

PoĂšmes de circonstance

Paris, impr. de la SociĂ©tĂ© nouvelle d’Ă©ditions franco-slaves, 1928

A propos de


Vladimir Pozner, connu comme Ă©crivain et journaliste français, et mĂȘme comme scĂ©nariste amĂ©ricain, est presque oubliĂ© en tant que poĂšte russe. Cet oubli est, Ă  mon avis, injustifiĂ©. Sa poĂ©sie possĂšde un charme indĂ©niable et mĂ©riterait que les universitaires s’intĂ©ressent Ă  son unique recueil poĂ©tique, ne fĂ»t-ce qu’Ă  cause des inventions formelles et des trouvailles rythmiques tout Ă  fait originales et inattendues.

Andreï Dobritsyn, Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005

Panorama de la littérature russe, 1929

Panorama de la littérature russe

Kra, 1929

Les premiers mots

Dans les cirques russes il existait une attraction spĂ©ciale : des Ă©quilibristes marchaient sur un fil de fer tendu en tenant un samovar entre les mains. En France, le samovar est remplacĂ© par un bĂąton, au Japon, par un Ă©ventail. Le fil de fer reste toujours le mĂȘme. Trop souvent, en Ă©tudiant la littĂ©rature russe, les critiques n’ont prĂȘtĂ© attention qu’au samovar. Je me suis efforcĂ© de parler du fil de fer.

A propos de


Voici dĂ©jĂ  six mois qu’a paru le Panorama de la littĂ©rature russe contemporaine. Je le lus dĂšs sa publication et cette lecture m’attacha si fort que je promis Ă  son auteur, Vladimir Pozner, de dire ici combien son livre m’apparaissait utile, vif et divers.
Je m’excuse publiquement auprĂšs de M. Pozner de tenir parole aujourd’hui seulement, mais sans trop de remords. Son ouvrage est de ceux qui n’ont pas Ă  compter avec la date d’un article. Sa robustesse le place sur un plan plus haut, plus solide que celui de l’actualitĂ©.
Un retard, mĂȘme assez important, ne peut affecter la diffusion d’un livre qui est (et sera trĂšs longtemps) indispensable Ă  celui qui veut connaĂźtre et comprendre les Ă©lĂ©ments, les courants, l’atmosphĂšre de la littĂ©rature russe dans le premier quart de ce siĂšcle.

Joseph Kessel, Les Nouvelles littéraires, 1929

Nous connaissons quelques romanciers russes, mais la littĂ©rature russe dans ses lignes gĂ©nĂ©rales, dans ses tendances, dans ses origines, est gĂ©nĂ©ralement ignorĂ©e en France. La LittĂ©rature russe contemporaine de M. Vladimir Pozner contribuera heureusement Ă  la faire reconnaĂźtre. Sans qu’il soit possible de contrĂŽler les jugements et les aperçus de l’auteur, il rĂšgne dans tout son livre un air d’intelligence qui ne trompe pas.

AndrĂ© Billy, L’ƒuvre, 1929

C’est un livre intĂ©ressant Ă  deux titres, d’une part dans l’itinĂ©raire de Vladimir Pozner, qui va faire de l’enfant prodige des FrĂšres SĂ©rapion, du jeune poĂšte russe qui a dĂ©butĂ© Ă  15 ans, un romancier français, le romancier français notamment du Mors aux dents ; et dans cet itinĂ©raire, ce livre reprĂ©sente une incursion inattendue dans un domaine acadĂ©mique, sur le terrain de la critique universitaire et de l’histoire de la littĂ©rature. DeuxiĂšme titre d’intĂ©rĂȘt, cette incursion est peut-ĂȘtre sans lendemain dans la carriĂšre de Vladimir Pozner, mais elle n’est pas sans portĂ©e : c’est une contribution qui fait date dans l’histoire de la connaissance en France de la littĂ©rature russe du XXe siĂšcle
 Le goĂ»t, les options esthĂ©tiques de Vladimir Pozner se caractĂ©risent par la prĂ©dominance du facteur esthĂ©tique sur le facteur idĂ©ologique.

(Michel Aucouturier, Journées Vladimir Pozner,
Maison des Ă©crivains, Paris 2005)

Jean-Richard Bloch

Jean-Richard Bloch

la MĂ©rigote, POITIERS (Vienne) le 28 juin 32

M. Vladimir Pozner
– : – : – : – :- : – : – : – :

Cher Monsieur,
Je vous dois je ne sais combien de lettres. À mieux dire, je me les dois Ă  moi-mĂȘme, entendant par lĂ  que je tiens Ă  vous rĂ©pondre, que je me le dois autant qu’à vous, et que vos questions, vos paroles, votre livre, ont soulevĂ© quantitĂ© de problĂšmes sur lesquels j’aimerais Ă  m’entretenir avec vous.
Car il s’agirait bien plutît d’une conversation que d’une explication ou d’un plaidoyer. Je tiens davantage à me rendre compte et à comprendre, qu’à prouver que j’ai eu raison.
L’annĂ©e derniĂšre, vous m’avez questionnĂ© sur les auteurs russes contemporains qui m’avaient surtout frappĂ©. En mars de cette annĂ©e, vous m’avez Ă©crit une lettre bien intĂ©ressante, Ă  propos de mon Commentaire, l’UNITÉ DU MONDE. Elle m’a accompagnĂ© dans mes dĂ©placements. Je cherchais toujours le temps de vous rĂ©pondre.
Là-dessus est arrivé votre beau grand livre, plein de faits et de précisions.
Vous savez que je suis attelĂ© Ă  diffĂ©rentes besognes, – une sĂ©rie d’études idĂ©ologiques, dont la chaĂźne commence Ă  DESTIN DU THÉÂTRE et Ă  DESTIN DU SIÈCLE (sans mĂȘme remonter Ă  CARNAVAL EST MORT) et va se poursuivre rĂ©guliĂšrement, chez Rieder ; une sĂ©rie d’ouvrages que, pour faire bref, j’appellerai encore des « romans », qui s’ente sur …ET COMPAGNIE, qui va former une chaĂźne de dix Ă  quinze volumes, dont le premier achevĂ© paraĂźt en ce moment dans la Nouvelle Revue Française, et dont le destin avouĂ© est de substituer Ă  la formule du roman bourgeois, que je considĂšre comme Ă©teinte, une formule nouvelle ; – enfin une sĂ©rie d’ouvrages Ă  cĂŽtĂ© qui verront le jour dans les interstices des deux sĂ©ries prĂ©cĂ©dentes.
Tout cela entremĂȘlĂ© des ennuis continuels que me donne ma santĂ©, la plus irrĂ©guliĂšre qu’on puisse imaginer. Il y a quinze mois que je ne suis revenu Ă  Paris, pour Ă©viter toute dĂ©perdition de forces et parce que, Parisien de naissance, y ayant vĂ©cu toutes ces derniĂšres annĂ©es, je sais trop ce qu’on peut y trouver, – surtout ce qu’on n’y peut pas trouver.
Je vous rĂ©pondrai donc dĂšs que cela me sera possible. J’en ai le dĂ©sir autant que l’intention. Pour le moment, je suis dans un coup de collier qui ne me laisse pas le loisir de souffler, et, par ailleurs, je me bats contre ma santĂ©. DĂšs que je le pourrai Ă©galement, je vous demanderai s’il vous sera possible de venir une fois passer trente-six heures Ă  Poitiers. Ce sera encore le meilleur moyen de tirer certaines choses au clair. J’espĂšre vivement qu’il vous sera loisible de nous faire ce plaisir.
Ce mot n’a Ă©tĂ© que pour jeter une passerelle sur un silence qui devait commencer Ă  vous paraĂźtre incomprĂ©hensible et pour vous tĂ©moigner ma reconnaissante et fraternelle sympathie.

Jean-Richard Bloch

Sur Bertolt Brecht

Un an plus tĂŽt, Ă  Paris, oĂč Le cercle de craie caucasien venait d’éclater comme un coup de tonnerre, j’avais emmenĂ© Brecht et les siens dans un bar-restaurant sur les quais de la Seine. On y sert, sur un plateau de bois, des fromages rares et multiples, imprĂ©gnĂ©s de marc et d’eau-de-vie, enveloppĂ©s dans des feuilles de vigne, roulĂ©s dans des Ă©pices, saupoudrĂ©s de cendre, bref, de quoi faire oublier les tours de Notre-Dame de l’autre cĂŽtĂ© du fleuve. Tout Ă  cĂŽtĂ©, une librairie ouverte le soir, qui s’appelle Shakespeare and Company, vend des bouquins d’occasion. Nous avions commencĂ© par elle ; un rayon aprĂšs l’autre, et jusqu’aux caisses qui traĂźnaient par terre, Brecht avait inspectĂ© la compagnie : des romans policiers en anglais, d’autant plus utiles qu’il ne lisait pas le français. Je l’avais aidĂ© dans la mesure de mes connaissances, modestes au prix des siennes : il avait tout lu, Ă©tait familier avec la plupart des auteurs. Nos femmes s’impatientaient. Brecht avait fini par acheter une trentaine de volumes dĂ©penaillĂ©s. À prĂ©sent, installĂ© Ă  la terrasse du restaurant, il dĂ©gustait les fromages, aussi nombreux que les livres – cadeau de l’auteur de Macbeth, un chef-d’Ɠuvre du genre – empilĂ©s Ă  ses cĂŽtĂ©s sur une chaise : il avait tenu Ă  les garder Ă  portĂ©e de main.
La nuit Ă©tait douce, autrement douce qu’à Berlin un an plus tard ; devant nous les rĂ©verbĂšres vacillaient sur le Petit-Pont. J’indiquai Ă  Brecht un chĂšvre d’aspect bĂ©nin, plus violent que le plus barbare des romans policiers amĂ©ricains. Il en goĂ»ta et me remercia d’un sourire.
– Oui, dit-il pensivement, comme s’il rĂ©pondait Ă  la fois Ă  la force du fromage, Ă  la douceur de la nuit, aux cloches de Notre-Dame et de Saint-Julien-le-Pauvre qui vidaient au-dessus de nos tĂȘtes une querelle sĂ©culaire au sujet du temps.
Il souriait sans desserrer les lĂšvres, ce qui lui donnait un ait gĂȘnĂ©, presque timide. Une idĂ©e se prĂ©senta Ă  lui qu’il examina en silence. Elle devait lui plaire : son sourire s’accentua, derriĂšre les verres des lunettes, ses petits yeux myopes se mirent Ă  pĂ©tiller.
– J’aimerais exposer ce plateau de fromages dans le foyer de mon thĂ©Ăątre, dit-il, pour apprendre aux Allemands ce qu’est la culture.

(Vladimir Pozner se souvient)

Bertolt Brecht et Vladimir Pozner à Berlin, années 1950.

Bertolt Brecht et Vladimir Pozner à Berlin, années 1950.

VLADIMIR POESNER (sic)
C.N.D.I xxxxxxxxx has recently furnished information concerning association between BERT BRECHT and VLADIMIR POESNER (…). For example, informant related that on August 19, 1944, Mrs. POESNER accepted an invitation for the POESNERS to visit the BRECHTS for « a quiet evening ». Again on September 26, 1944 POESNER was advised by an unknown woman that BRECHT had been in conversation with the woman [xxxx whereupon xxxxxxxxxx] POESNER remarked that that was interseting and that he would see tha woman and talk matters over.
C.N.D.I. xxxxxxxxxx related that on october 16, 1944, POESNER and BRECHT were in touch with one another concerning a scenario. At the time POESNER made detailed criticisms on three points of a script, apparently prepared by BRECHT. This script involved a character by the name of ANNETTE and has its final scene a trial in court. At the close of this contact POESNER inquired of BRECHT whether or not BRECHT was coming to the « rendez-vous ». BRECHT advised he was not coming as he had too much to do and would be no good there whereupon POESNER stated that he would go with a friend and would let BRECHT know about it afterwards.
(…)
C.N.D.I. xxxxxxxxxxx further related that on October 17, 1944, BRECHT, POESNER and an unidentified woman, possibly SALKA VIERTEL, who is collaborating with POESNER, conversed about a manuscript. POESNER advised BRECHT on that occasion that he had just returned from a conference concerning the manuscript and that the person considering it was worried about the «Underground» matter. He said however that he had pointed out to that individual that the « underground » matter came up only once and could be easily disposed of.

(Archives du F.B.I.)

Anthologie de la prose russe contemporaine, 1929

Anthologie de la prose russe contemporaine

Les premiers mots

En France on s’intĂ©resse aux jeune auteurs russes beaucoup plus qu’on ne les traduit.

A propos de


Cette anthologie est consacrée à dix-neuf auteurs contemporains, dont la moitié à peine sont connus en France par quelques traductions. Les autres, Boulgakov, Kavérine, Pasternak, Slonimsky, Tikhonov, etc., sont révélés pour la premiÚre fois.

AndrĂ© Pierre, L’Europe nouvelle, 1929

M. Vladimir Pozner, qui possĂšde Ă  merveille le français et le russe, a pensĂ© que le moment Ă©tait venu de donner un tableau complet de la littĂ©rature russe d’aprĂšs la RĂ©volution, Ă  l’aide d’Ɠuvres en prose convenablement choisies, et de notices bio-bibliographiques indiquant la place occupĂ©e par chaque Ă©crivain dans les lettres d’aujourd’hui, sa formation intellectuelle, ses tendances, ses mĂ©thodes.

Philéas Lebesgue, 1929

André Breton

TrĂšs bien, votre article : “ Conversation avec X ”. À travers ce qui s’écrit – ou le peu qui me parvient – une des seules choses que je tienne pour justes de ton, vraiment sensibles, agitantes, et qui parviennent encore Ă  combler l’effroyable distance qui sĂ©pare ce qui a cours ici et de qui nous tient Ă  cƓur. Je ne doute pas que nous continuions Ă  diffĂ©rer sur toutes sortes de solutions mais j’ai tenu Ă  vous dire que, par delĂ  ces divergences (qui tiennent sans doute Ă  ce que le compas de la connaissance et du progrĂšs humain n’est pas ouvert de mĂȘme pour vous et pour moi), je me crois tenu Ă  vous Ă©crire – bien mal – qui vous ĂȘtes pour moi une des rares voix qui se fassent entendre dans la nuit.

André Breton
45 W 56     N.Y.C.

Henri Cartier-Bresson

31.3.1992

ChĂšre Ida
C’est avec une profonde douleur qu’hier j’ai appris par une amie la disparition de Vladimir. Tout un pan de notre existence s’écroule, tant de vieux souvenirs qui nous liaient, d’amitiĂ©s communes, d’enthousiasmes et puis tout ce que nous apportaient ses Ă©crits, qui eux demeurent.
Son souvenir restera toujours vivace.
Je pense Ă  vous.
Avec mon trĂšs amical souvenir.

Henri Cartier-Bresson

TolstoĂŻ est mort, 1935, en librairie

Tolstoj Ăš morto. Editio Adelphi, 2010. En librairie.

Tolstoj Ăš morto Ed. Adelphi, 2010 en librairie

TolstoĂŻ est mort. Editions Christian Bourgois, 2010. En librairie

Ed. C. Bourgois, 2010 en librairie

La BibliothÚque française, 1948

La BibliothÚque française, 1948

TolstoĂŻ est mort

TolstoĂŻ est mort

TolstoĂŻ, fuyant sa maison et les siens, tomba malade dans une gare perdue, Ă  Astapovo. Il y mourrait une semaine plus tard, le 7 novembre 1910. Pendant sept jours, le tĂ©lĂ©graphe servit de lien unique entre Astapovo et le monde. Les copies des dĂ©pĂȘches, conservĂ©es dans les archives, furent retrouvĂ©es et rĂ©unies en volumes. Elles constituent l’ossature de ce livre. Tous les faits relatĂ©s sont authentiques, toutes les citations littĂ©rales, tous les dĂ©tails conformes Ă  la rĂ©alitĂ©. Quelques rĂ©pliques ou remarques, ajoutĂ©es de-ci de-lĂ , sont Ă©crites dans le prolongement des tĂ©moignages tĂ©lĂ©graphiques, nĂ©cessairement brefs.

Vladimir Pozner

Les premiers mots

Le 1er novembre 1910, Ă  10 h 10 du matin, un tĂ©lĂ©gramme est remis au guichet de la petite gare d’Astapovo, sur la ligne de chemin de fer Riazan-Oural.
“Hier suis tombĂ© malade. Voyageurs m’ont vu, affaibli, descendre du train. Crains que la nouvelle ne se propage. Aujourd’hui, amĂ©lioration. Poursuivons voyage. Prenez mesures. Tenez-nous au courant.”

A propos de


RĂ©cit d’une agonie mythique
Il faut absolument lire ce livre d’une audacieuse simplicitĂ©. Un Ă©crivain de 30 ans avec une maniĂšre franche d’aborder les choses, un sens aigu des faits, un regard lĂ©gĂšrement en surplomb, rencontre d’emblĂ©e ce qui est, ou devrait ĂȘtre, la dĂ©finition mĂȘme de toute entreprise littĂ©raire : l’accĂšs immĂ©diat Ă  un monde d’Ă©motion et de pensĂ©e.

DaniÚle Sallenave, Le Monde, 5 février 2010

Le tĂ©lĂ©graphe, avant l’iPad, faisait son entrĂ©e dans la littĂ©rature
TolstoĂŻ est mort, de Vladimir Pozner (dont l’Ɠuvre est Ă  redĂ©couvrir, en commençant par Le Mors aux dents et Les Etats-DĂ©sunis), reprend Ă©galement des tĂ©moignages, des dĂ©pĂȘches et des lettres. En 185 chapitres brefs, c’est le dernier sĂ©jour de TolstoĂŻ qui est relatĂ©. LiĂ© aux mouvements de l’avant-garde poĂ©tique en Russie, l’auteur a construit une sorte de chant, un collage vigoureux, qui reproduit la situation absurde de l’écrivain agonisant, coupĂ© de sa propre gloire. On pense aux romans-documents de Blaise Cendrars, L’Or et Rhum, et Ă  l’ouverture de L’Espoir d’AndrĂ© Malraux. Le tĂ©lĂ©graphe, avant l’iPad, faisait son entrĂ©e dans la littĂ©rature.

Raphaël Sorin, Blog Libé, 4 février 2010

La mort de TolstoĂŻ, premier reality show de l’histoire
Le livre qui restitue le mieux l’aura extraordinaire de cet Ă©vĂ©nement est sans doute TolstoĂŻ est mort, publiĂ© pour la premiĂšre fois en 1935 et rĂ©Ă©ditĂ© rĂ©cemment en France et en Italie.

Lara CrinĂČ, Il Venerdi di Repubblica, mai 2010

Les livres de Elle
Si la vie de LĂ©on TolstoĂŻ est ponctuĂ©e de retournements dĂ©routants, que dire de sa mort ? A l’Ăąge de 82 ans, aprĂšs un demi-siĂšcle de mariage avec la comtesse Sophie qui lui donna treize enfants, il dĂ©cide de fuir la demeure familiale. Voyageant sous un nom d’emprunt, il tombe malade et est recueilli par le chef de gare. TrĂšs vite, les journalistes accourent
 Le regrettĂ© Vladimir Pozner a choisi dans “TolstoĂŻ est mort”, Ă©crit en 1935, de reconstituer les derniers jours du grand Ă©crivain. Aujourd’hui rĂ©Ă©ditĂ©s, ces fragments mĂȘlant courtes phrases et citations authentiques construisent un roman passionnant et Ă©tonnamment
 contemporain !

Héléna Villovitch, Elle, 2-8 mars 2010

Pozner, un inventeur de formes
NĂ© Ă  Paris en 1905 de parents d’origine russe, il portera en lui, sa vie durant, cette sorte de double origine : en Russie au moment de la RĂ©volution, il s’y rĂ©vĂšle un jeune poĂšte prometteur, soutenu par Gorki, proche de ceux que l’on appellera les formalistes. De retour en France, il fait dĂ©couvrir les nouvelles tendances littĂ©raires de cette neuve Union soviĂ©tique, avant de devenir lui-mĂȘme romancier. Il soutient, durant les annĂ©es 30, les Ă©crivains allemands en exil puis la RĂ©publique espagnole, parcourt les Etats- Unis en 1936 avant de devoir s’y rĂ©fugier pendant la guerre (il Ă©crit quelques scĂ©narios pour Hollywood). L’aprĂšs-guerre le voit poursuivre la lutte : il accueille ces nouveaux exilĂ©s que sont les victimes du maccarthysme, entretient des amitiĂ©s multiples et fidĂšles – avec Brecht, Chagall, Bunuel… Victime d’un plasticage de l’OAS en 1962, il Ă©chappe Ă  la mort et poursuit son Ɠuvre jusqu’en 1992 — ayant traversĂ© le siĂšcle, Ɠil vivant, dĂ©couvreur attentif et artiste novateur.

Thierry Cecille, Le Matricule des anges, mars 2010

La mort de TolstoĂŻ en direct
La fugue et la fin de TolstoĂŻ contiennent en fait un potentiel romanesque et fictionnel qui a attirĂ© l’intĂ©rĂȘt des Ă©crivains, biographes et cinĂ©astes : de Romain Rolland Ă  Stephan Zweig, de Tomas Mann Ă  Rainer Maria Rilke jusqu’Ă  Orwell et bien d’autres, la liste est vaste. Chacun cependant a voulu voir dans la fugue et la fin de TolstoĂŻ une sorte d’Ă©vĂ©nement paradigmatique, nĂ©gligeant la chronique au profit d’une relecture souvent symbolique et pas toujours impartiale de la rĂ©alitĂ©. Le seul livre qui a vraiment racontĂ© la fugue et la fin de TolstoĂŻ a Ă©tĂ© Ă©crit en 1935 par Vladimir Pozner.

Mattia Mantovani, La Provincia di Lecco, juin 2010

Sur un événement devenu mythique, Pozner écrivit un premier livre à la facture originale qui donna la mesure de son talent.
Vladimir Pozner est un de ces intellectuels et Ă©crivains d’exception comme le XXe siĂšcle en connut peu. Russe et Français tout Ă  la fois, mais aussi esprit universel et cosmopolite, prenant son miel lĂ  oĂč il le trouvait, loin de toute contrainte, il fut sa vie durant un homme engagĂ© qui croyait que le monde pouvait et devait changer. (
) En 1935, son premier livre, TolstoĂŻ est mort, connaĂźt un succĂšs retentissant.
(
) Le livre est le rĂ©cit heure par heure, minute par minute, de la fin du grand homme, suivie dans le monde entier au moyen des tĂ©lĂ©grammes et des journaux. Face Ă  une popularitĂ© immense qui ne peut ĂȘtre comparĂ©e qu’Ă  celle de Victor Hugo pour les Français, le gouvernement tsariste, qui craignait TolstoĂŻ, Ă©tait sur les dents et avait dĂ©pĂȘchĂ© des policiers chargĂ©s de suivre son agonie. (
) Les paysages dĂ©trempĂ©s, la nuit ou la grisaille du jour, les attroupements silencieux, le sifflet du train… dessinent une toile de fond au diapason de l’angoisse de tous les spectateurs de cette agonie.
A partir de ce fil conducteur, Vladimir Pozner rĂ©alise un rĂ©cit fort et original en utilisant la technique du montage comme l’avaient pratiquĂ©e les cinĂ©astes et les photographes tels Rodtchenko ou John Heartfield, dont l’influence fut grande sur les Ă©crivains russes des annĂ©es 1920. (
)
On ne raconte plus, le lecteur devient acteur de l’aventure en recrĂ©ant du lien et du sens tel que lui le perçoit. Vladimir Pozner, en mettant en place une technique d’Ă©criture qui aurait pu ĂȘtre dĂ©routante, voire ennuyeuse, rĂ©ussit le tour de force de rendre passionnant ce qui aurait pu sembler insignifiant et Ă  faire surgir, Ă©troitement liĂ©es, Ă©motion et pensĂ©e. Du grand art.

Marie-ThĂ©rĂšse SimĂ©on, L’HumanitĂ©/Les lettres françaises, juin 2010

Le cas TolstoĂŻ
C’est le mĂ©rite de Pozner qui a voulu consulter tous les tĂ©lĂ©grammes partis de et arrivĂ©s Ă  Astapovo. Son compte rendu, “montĂ©” comme une sĂ©quence de film (Pozner a aussi Ă©tĂ© scĂ©nariste, et son “The Dark Mirror” a Ă©tĂ© nommĂ© aux Oscars en 1946) a une saveur Ă  Ă©gale distance d’Ionesco et de Gogol.

Nicoletta Tiliacos, Il Foglio, juin 2010

Et TolstoĂŻ fugua
DĂšs que la nouvelle de la fugue de l’écrivain est connue, les Ă©chotiers arrivent en masse Ă  Astapovo et prĂ©cĂšdent la famille. GrĂące aux dĂ©pĂȘches, nous n’ignorons rien du quotidien du grand homme : son pouls, sa nourriture, sa tempĂ©rature
 D’aprĂšs la rumeur, des foules de disciples caucasiens feraient le siĂšge de la ville. «Tout, souligne Vladimir Pozner, est matiĂšre Ă  articles, les mensonges comme les mises au point, les suppositions comme les dĂ©mentis.»

Joseph Macé-Scaron, Le Magazine littéraire, février 2010

Le retour de Pozner
La prĂ©sence de Vladimir Pozner, disparu en 1992, s’imposait Ă  l’occasion de la cĂ©lĂ©bration de l’annĂ©e de la Russie. Sa forte personnalitĂ© d’Ă©crivain et de journaliste en fait le trait d’union culturel entre nos deux pays. NĂ© Ă  Paris en 1905, il passa sa jeunesse Ă  Petrograd au moment de la rĂ©volution de 1917. De retour en France en 1921, c’est en langue française que le jeune homme qui a traduit TolstoĂŻ, DostoĂŻevski et la nouvelle littĂ©rature soviĂ©tique, Ă©crit ses premiers ouvrages.

Jean-Claude Lamy, Le Midi libre, 23 avril 2010

TolstoĂŻ est mort, docu-livre de Vladimir Pozner
Le montage d’Astapovo
Avant 1935, on pensait tout savoir sur la fugue sĂ©nile de LĂ©on TolstoĂŻ et sur sa mort dans le village d’Astapovo : c’est alors que Pozner a “montĂ©” tout le matĂ©riel dispersĂ© (tĂ©lĂ©grammes, articles, rapports de police) avec une incroyable tension objective, et ainsi rĂ©alisĂ© un grand roman sur le dernier souffle de l’Ă©popĂ©e.

Enzo di Mauro, Alias, supplément à Il Manifesto, juillet 2010

Le monde Ă©pie les derniers battements de son cƓur
Pozner reconstruit cet ultime Ă©pisode de la vie de TolstoĂŻ, mettant en Ă©vidence l’intĂ©ressant phĂ©nomĂšne, nouveau pour l’Ă©poque, qui le caractĂ©rise : le complet renversement des rapports traditionnels entre vie publique et vie privĂ©e.

Nadia Caproglio, La Stampa, juin 2010

Bien sĂ»r, la littĂ©rature française et Ă©trangĂšre, Ă  partir de la deuxiĂšme partie des annĂ©es vingt, expĂ©rimente le montage et l’intĂ©gration de documents bruts – prospectus, affiches, extraits de journaux, etc. TolstoĂŻ est mort a en ce sens des prĂ©cĂ©dents fameux. Mais rien pourtant d’aussi radical Ă  ma connaissance que TolstoĂŻ est mort.

Valérie Pozner, Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005
(voir aussi ValĂ©rie Pozner, TolstoĂŻ est mort, Revue d’Etudes slaves, LXXXI (2010), p. 113-124)

Un roman-documentaire sur les derniers jours du grand Ă©crivain.

Nicole Zand, Le Monde, 1992

Je me souviens, moi aussi. Je me souviens d’un livre qui Ă©tait posĂ© par terre, dans un jardin, Ă  cĂŽtĂ© d’un fauteuil d’osier vide. Bien avant la guerre. J’empruntai le fauteuil, et le livre. Il Ă©tait question, Ă  la premiĂšre page, d’une petite gare, sur une plaine, sans rien autour, la nuit dĂ©jĂ  tombĂ©e. Les trains jamais ne s’arrĂȘtaient, dans cette gare. Et ce soir-lĂ , le chef de gare tendait l’oreille, passait sa veste, sortait en courant de sa chambre : mais oui, le train freinait, s’arrĂȘtait. Une jeune femme en descendait, qui aidait un vieux monsieur souffrant. Le train repartait. Et le chef de gare courait changer les draps du seul lit de la station, le sien. C’est le dĂ©but d’un chef-d’Ɠuvre, TolstoĂŻ est mort, de Vladimir Pozner.

Michel Cournot, Le Nouvel Observateur, 1972

Le livre est montĂ© comme un film. Ce grand Ă©vĂ©nement de la mort de TolstoĂŻ se reflĂšte simultanĂ©ment dans les lettres des siens, dans les articles des journalistes, dans les dĂ©pĂȘches des adversaires et disciples lointains. Il en rĂ©sulte une impression frappante de vĂ©ritĂ©.

Le Bulletin des Lettres, 1935

Ce livre est saisissant comme la vie, angoissant parfois comme la mort elle-mĂȘme qui est prĂ©sente.

L’Echo de Paris, 1935

La sobriĂ©tĂ© du rĂ©cit, l’absence de toute rhĂ©torique donnent Ă  ce livre un cachet de vĂ©ritĂ© impossible Ă  dĂ©passer. On vit le drame soi-mĂȘme.

Maurice Daubrive, Miroir du Monde, 1936