Les brumes de San Francisco, 1985, en librairie

Les brumes de San Francisco - Actes Sud, 1985 en librairie

Actes Sud, 1985 en librairie

Les brumes de San Francisco - Actes Sud / Babel, 2006 en librairie

Actes Sud / Babel, 2006 en librairie

Le narrateur est-il un Cherokee, comme le lui a affirmé une Indienne inconnue croisée dans la rue à Paris ? Il embarque pour l’Amérique et, en quête de ses origines – réelles ou imaginaires –, traverse un continent marqué par la Grande Dépression, alors qu’en Europe, les accords de Munich se trament et que la guerre se profile. Cependant, il écrit un roman. Son évanescente héroïne, descendue d’un tableau de Vermeer, le hante au point de prendre le visage de ses premières amours, et le mène jusqu’à la Californie. Au bout du voyage, les brumes de San Francisco.

En exergue

Il est bien évident que je ne fais pas un roman, puisque je néglige
ce qu’un romancier ne manquerait pas d’employer. Celui qui prendrait
ce que j’écris pour la vérité serait peut-être moins dans l’erreur que celui
qui le prendrait pour une fable.

Diderot, Jacques le Fataliste

Les premiers mots

J’ai appris à lire à six ans comme tout un chacun. Ce n’était pas facile. La famille avait quitté Paris pour Leningrad, qui s’appelait encore Pétersbourg, et j’avais apporté dans ma tête vingt-six lettres latines qui m’étaient familières. La plupart avaient disparu dans la ville nouvelle. Je n’en retrouvai qu’une demi-douzaine qui rendaient un son dissemblable, le plus grand nombre avait cédé la place à des caractères mystérieux. J’avais beau, pendant la promenade quotidienne au jardin de Tauride, étudier les enseignes, elles étaient indéchiffrables. Je réussissais à reconnaître un A ou un M, mais un P français se prononçait R en russe, donc Paris Raris, et je trébuchais, comme au jardin, sur la pièce d’eau gelée où je m’efforçais de ratiner pour patiner. Cet hiver-là, j’ai appris le patinage et l’alphabet cyrillique.

A propos de…

Incroyable MODERNITÉ des Brumes de San Francisco. Les Nouveaux Romanciers peuvent aller se rhabiller.

Chris Marker, 2006

Volodia Pozner n’a jamais cessé de surprendre ses lecteurs. Chaque nouveau livre était différent, par sa facture, son imagination, son écriture, son sujet. D’autres l’ont déjà dit, mais je le répète juste à propos des Brumes de San Francisco. Un auteur renommé, à l’âge de quatre-vingts ans, s’aventure, avec un succès étonnant, sur le chemin d’une modernité que son œuvre ne semblait pas annoncer. Je pense au retour à la modernité du vieil Aragon, son grand ami. Quel courage, quel exemple.

Antonin J. Liehm, 2006

Sur le bureau de Vladimir Pozner, il y a la petite main de Touche pas à mon pote. Sur les rayonnages de sa bibliothèque, ses livres et leurs traductions, ce qui prend déjà pas mal de place, et une édition du Grand Larousse de la langue française. Dans le fauteuil, en contre-jour de la fenêtre qui donne sur cette petite rue du sixième arrondissement de Paris, il y a un homme qui, en d’autres lieux, pourrait fort bien passer pour un vieux chef indien.
Cela amuse beaucoup Pozner, cette ressemblance avec les Indiens d’Amérique. Il raconte comment, sortant un jour d’une boutique du boulevard Raspail, il est abordé par une femme qui lui dit : « You are an American Indian. » Pozner sourit, dit qu’il en serait flatté, mais que ce n’est pas le cas. La femme n’en démord pas : « Vous êtes un Indien américain, je le sais, allez, vous pouvez me le dire, personne n’écoute. » Puis en confidence : « Dites-le moi, moi aussi je suis indienne. » De cette rencontre sont nées Les Brumes de San Francisco.

Jean-Michel Ollé, Différences, 1985