Biographie

1905. Vladimir Pozner (Volodia pour les siens), naît à Paris de parents russes, réfugiés anti-tsaristes en France, Salomon Posener (historien, actif dans les organisations d’entraide juives) et Esther Siderski.

1906. Naissance de son frère Georges, futur égyptologue et professeur au Collège de France.

1908. A la faveur d’une amnistie, la famille peut retourner en Russie. Elle va osciller entre Paris et Saint-Pétersbourg.

1914. La guerre ferme les frontières. Saint-Pétersbourg devient Petrograd, où réside la famille Pozner.

Vladimir Pozner à 14 ans.

Vladimir Pozner à 14 ans.

1917-1920. En octobre 1917, la révolution passe sous ses fenêtres. Adolescence russe. Il est proche de Gorki – ami de ses parents – et bientôt de Victor Chklovski, fréquente Alexandre Blok, Maïakovski, Akhmatova, devient poète en russe. C’est le plus jeune membre du fameux groupe littéraire « Les frères Sérapion ».

1921. Retour en France.

Vladimir Pozner par Ivan Pougny, années 1920

Vladimir Pozner par Ivan Pougny, années 1920

1922. Etudes de lettres à la Sorbonne, où il rencontre Irène Némirovsky. Il commence à traduire Tolstoï, Dostoïevski, et à faire connaître en France la « jeune littérature soviétique » (Isaac Babel, Vsévolod Ivanov, Lev Luntz, Alexeï Tolstoï, etc.). Voyage à Berlin où il retrouve ses amis russes, Gorki, Chklovski, Maïakovski : l’Allemagne est le seul pays d’Europe qui accorde un visa aux Soviétiques. Il fait la connaissance de Pasternak et d’Elsa Triolet.

 

Elisabeth Makovska

Elisabeth Makovska

1925. Se marie avec Elisabeth Makovska (peintre et photographe), dont il aura une fille, Anne-Marie, dite Kissa, née en 1927. Son activité de journaliste se développe. Il va écrire des reportages pour des journaux de gauche, Regards, Vendredi, Marianne, Messidor, et pour des revues littéraires telles que Bifur, Europe, la NRF. Il fréquente le décorateur et écrivain Francis Jourdain, un aîné qu’il admire.

1928. Publie Poèmes de circonstance, en russe (à Paris).

Vladimir Pozner par Robert Delaunay.

Vladimir Pozner par Robert Delaunay

1929. Travaille dans l’édition (éditions du Trianon, Kra). Mais surtout, devient écrivain de langue française.
Publie Panorama de la littérature russe.

1931. Publie Dostoïevski et le roman d’aventures.

1932. Visite à Gorki qui séjourne à Sorrento (Italie).

Ida Liebmann

En 1933, Ida Liebmann demande à Berlin un passeport et s’enfuit en France, où elle rencontrera Vladimir Pozner.

1933. Secrétaire de rédaction de Commune, revue de l’AEAR (Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires) que dirige Paul Vaillant-Couturier et à laquelle collaborent Aragon, Nizan, Malraux, Soupault, Gide, Giono, Cartier-Bresson… Pozner se lie avec la plupart d’entre eux. Milite en faveur des réfugiés allemands antinazis, rencontre le compositeur Hanns Eisler, la romancière Anna Seghers, et Ida Liebmann, juive allemande née en Russie, réfugiée antifasciste, avec qui il va passer le reste de sa vie. Ils auront deux enfants, Catherine (née en 1938) et André (né en 1943). Adhère au parti communiste, sur le conseil de Gorki. Rédacteur français à l’agence antifasciste Inpress, dirigée par Alex Radó.

 

Moscou, 1934, Congrès des écrivains soviétiques.

Moscou, 1934, Congrès des écrivains soviétiques, Gorki à droite au centre de la table (avec sa grande moustache), Pozner à sa gauche.

1934. Premier congrès des écrivains soviétiques à Moscou. Pozner y revoit Gorki pour la dernière fois. Il fait partie de la délégation française, avec Aragon, Jean-Richard Bloch, Malraux, Nizan…

Pozner au Congrès des écrivains de Paris, 1935

Pozner au Congrès des écrivains de Paris, 1935, avec Mikhaïl Koltsov, qui a pris part à la révolution russe de 1917 et est devenu l’un des journalistes soviétiques les plus connus, notamment pour ses articles satiriques et sa critique de la bureaucratie. Il sera exécuté sous Staline dans les années 1940.

1935. Ouvre son œuvre romanesque par un livre retentissant : Tolstoï est mort (1935). Participe au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, à Paris (Mutualité).

Pozner en route pour les Etats-Unis.

Pozner en route pour les Etats-Unis.

1936. Exclu du parti communiste sans explications, peu après la mort de Gorki. Long voyage à travers les Etats-Unis (où il retournera souvent). Il en rapporte le matériel de base des États-Désunis, qui paraîtra en 1938.

1937. Publie Le Mors aux dents (1937), que lui a commandé Blaise Cendrars quand ils ont fait connaissance au début des années 30. Un roman innovant, qui va marquer durablement.

1938. Nouveau voyage aux Etats-Unis, avec Ida.
Les Etats-Désunis paraissent en France et font sensation : un point de vue neuf, la crise en lieu et place du rêve américain. Un chef-d’œuvre littéraire, entre montage, reportage et roman.

1939. A la fin de la guerre d’Espagne, il travaille à la libération des intellectuels républicains détenus dans les camps français des Pyrénées. De ses notes et souvenirs, il tirera un roman en 1965 : Espagne premier amour.

Vladimir et Ida Pozner à Castel-Novel.

Vladimir et Ida Pozner à Castel-Novel.

Années 1940. Chauffeur militaire pendant la guerre. Juin 1940 : l’exode. Démobilisé, il rejoint femme et enfant en Corrèze, à Castel-Novel, chez Arlette et Renaud de Jouvenel, de proches amis. Il y retrouve Aragon, Maurice Baquet, les frères Prévert, Marcel Duhamel, beaucoup d’autres réfugiés, notamment des républicains espagnols.

Arrivant à Paris, la Gestapo trouvera l’appartement de Pozner vide. Antifasciste notoire, militant communiste, juif, il s’exile aux Etats-Unis.
Débarque à New York, où lui comme Ida ont de la famille. Il écrit, fréquente Maxim Lieber qui sera son agent littéraire, Fernand Léger, André Breton.

Vladimir Pozner avec Barbara Chevalier dans la baie de San Francisco.

Vladimir Pozner avec Barbara Chevalier dans la baie de San Francisco.

Puis la Californie, d’abord à Berkeley chez Barbara et Haakon Chevalier.

Charpentier en fer sur les « Liberty ships » à Richmond, dans la baie de San Francisco, puis scénariste à Hollywood.
Travaille sur des films avec Brecht, Joris Ivens, George Sklar, Salka Viertel (la scénariste de Greta Garbo), qui resteront de proches amis. Il est nominé aux Oscars pour l’histoire originale de The Dark Mirror (Double Énigme), réalisé par Robert Siodmak.
Plusieurs romans, dont Deuil en 24 heures, sur l’exode de juin 40. Avant même de sortir en France à la Libération, ce livre paraît aux Etats-Unis pendant l’Occupation, d’abord en français, puis en anglais, et est immédiatement salué par Dashiell Hammett, Erskine Caldwell, Heinrich Mann…

1945. A la Libération, retour à Paris.

1946. Travaille avec Marc Allégret à l’adaptation de son roman Les Gens du pays, qui ne sera jamais tournée. Réintégré dans le parti communiste, sans recevoir d’explications sur sa mise à l’écart ni son retour en grâce.

1947 (à partir de). S’installe avec sa famille au 52 rue Mazarine, Paris 6e, dans un appartement où il vivra dorénavant, sans jamais cesser de voyager à travers le monde. Les liens restent étroits avec les Etats-Unis, où sévit la chasse aux sorcières. Avec Ida, il accueille les amis cinéastes victimes du maccarthysme : Joe Losey, John Berry, Michael Wilson, Charles Chaplin… Il prend énergiquement la défense dans la presse des fameux « 10 d’Hollywood » qui sont emprisonnés et des autres cinéastes américains inscrits sur la liste noire des studios, c’est-à-dire au chômage. Travaille à divers films, en collaboration avec Bertolt Brecht, Hanns Eisler, Joris Ivens, Lillian Hellman, Claude Roy…

Le Point du jour, premier grand rôle de Loleh Bellon et Michel Piccoli.

Le Point du jour, premier grand rôle de Loleh Bellon et Michel Piccoli.

1949. Scénario du Point du jour pour Louis Daquin. Après ses années à Hollywood, Pozner a la volonté d’ancrer le film dans le réel : il commence par se documenter minutieusement sur place dans les corons et descend dans les mines du Nord.

Cité comme témoin par Les Lettres françaises dans le procès Kravchenko, en tant que traducteur, spécialiste des lettres russes et américaines.

Années 1950. Voyage beaucoup : films en Italie, en Allemagne, en Autriche.

1952. Publie Qui a tué H.O. Burrell ?, un « polar » à la Pozner, sur la guerre froide, la guerre glaciale. Un livre dans la lignée des Etats-Désunis.

De gauche à droite, Pozner, Joris Ivens et Chostakovitch

De gauche à droite, Pozner, Joris Ivens et Chostakovitch, à l’époque où ils travaillaient ensemble sur Le Chant des fleuves.

1954. Scénario de Bel-Ami, d’après Maupassant, avec Roger Vailland. Plusieurs films pour Hollywood sous des noms d’emprunt. Grands reportages.

Pozner et Brecht à Berlin, années 1950.

Pozner et Brecht à Berlin, années 1950.

1955. Maître Puntila et son valet Matti, d’après Brecht et en collaboration avec lui, réalisation Alberto Cavalcanti.

1957. Souvenirs sur Gorki : le grand romancier russe, mort en 1936 dans des circonstances mal élucidées, a été le parrain en littérature du très précoce Vladimir.

1959. Publie Le Lieu du supplice, chroniques de la guerre d’Algérie. Le livre est interdit par les autorités militaires françaises.

Vladimir Pozner et Victor Chklovski

Vladimir Pozner et Victor Chklovski se retrouvent à Paris dans les années 1960, après la longue séparation du stalinisme, avec un plaisir d’amitié et de littérature toujours égal. (Photo André Pozner.)

1961. Sortie du Lever du rideau, un roman intimiste sur l’enfance et l’amour. L’ami Picasso déclare : « Ça, c’est un livre ! » Et son éditeur, René Julliard : « Cher ami, vous avez écrit un petit chef-d’œuvre. » Voyage en Union soviétique : pour la première fois depuis 1934, il revoit la Russie et retrouve ses amis.

Pozner garde à la tempe gauche la trace accusatrice de sa blessure.

A la suite du plasticage de l’OAS à son domicile, Pozner garde à la tempe gauche la trace accusatrice de sa blessure. Mais il ne s’arrête pas : il a encore près d’une vie d’écrivain devant lui.

1962 (7 février). Ses écrits contre la guerre d’Algérie, en particulier Le Lieu du supplice, et divers articles, lui valent une bombe de l’OAS à son domicile. Le même jour, d’autres attentats, notamment chez Malraux, au cours duquel une fillette de 4 ans est blessée. Manifestation de protestation à Paris. Au métro Charonne, la police du préfet Papon charge : 9 morts. Au terme d’un long coma, Pozner reste aphasique. Il va aussitôt réapprendre à écrire avec acharnement.

1967. Publie Mille et Un Jours à la suite d’un long voyage à travers l’Union soviétique d’Europe et d’Asie.

1972. Dans Vladimir Pozner se souvient, il raconte ses amis de toujours : Babel, Pasternak, Chagall, Léger, Buñuel, Chaplin, Oppenheimer, Picasso… et sa mère.

1974. Mal de lune. Un étrange roman de science-fiction.
Pozner le dédie à ses petits-enfants, « pour qu’ils prennent garde ».

1977. Sortie d’un volume d’« œuvres » comprenant cinq romans, avec une importante préface de Pierre-Jean Rémy.

1980. En collaboration avec Jean Aurenche, scénario de La Dame aux camélias, avec Isabelle Huppert (réalisation Mauro Bolognini).

1985. Un nouvel éditeur, Actes Sud, et un nouveau départ à 80 ans : Les Brumes de San Francisco, Le Fond des ormes, Cuisine bourgeoise…

Ida et Vladimir Pozner, Paris, années 1980.

Ida et Vladimir Pozner, Paris, années 1980.

Jusqu’au bout de sa vie (Paris, 19 février 1992), Pozner poursuit ses voyages (Etats-Unis, Allemagne, Espagne, Pérou, Russie) et son œuvre littéraire, devant sa machine à écrire. Son dernier manuscrit, Souvenirs sur Aragon et Elsa, sera publié après sa mort par son fils André et son petit-fils Daniel, en 2001. En 2004 a été fondée l’Association des amis de Vladimir Pozner, pour le soutien de cette œuvre singulière, qui est loin d’avoir révélé toutes ses facettes.

 

Pour en savoir davantage sur la biographie de Vladimir Pozner, quelques articles parus dans la presse.