Ida Pozner

Ida Liebmann est nĂ©e Ă  Feodossia, en CrimĂ©e (4 juin 1908), d’une mère russe et d’un père allemand. Quelques annĂ©es plus tard, la famille s’est installĂ©e en Allemagne, Ă  DĂĽsseldorf, oĂą le père est mort, puis Ă  Hambourg. Elle a grandi dans la misère, non sans gaietĂ©. Toute jeune, elle a frĂ©quentĂ© les peintres, Ă©crivains, gens de théâtre, photographes, musiciens, soulevant sur son passage une indĂ©niable fascination. Habile en expĂ©dients et relations humaines, sa mère a rĂ©ussi Ă  lui faire suivre gratuitement des Ă©tudes de piano. A la veille de son premier concert – elle devait avoir dans les 17 ans – Ida a abandonnĂ© la musique.
Elle s’est tournĂ©e vers le théâtre, jouant de petits rĂ´les chez Gustav GrĂĽndgens Ă  Hambourg, puis chez Max Reinhardt Ă  Berlin. C’est lĂ  qu’elle a adhĂ©rĂ© au parti communiste, avec Anna Seghers notamment. En 1933, elle a fui les nazis pour retrouver la colonie des Allemands Ă©migrĂ©s Ă  Paris. Petits mĂ©tiers, bonne d’enfants chez la fille de Picabia.

Elle a rencontrĂ© Vladimir Pozner, jeune Ă©crivain français qui, Ă  l’Ă©poque, s’occupait de l’aide aux rĂ©fugiĂ©s antifascistes. Ils ont vĂ©cu ensemble jusqu’Ă  la mort, lui le 19 fĂ©vrier 1992, elle le 18 fĂ©vrier 1995. Entre-temps, ils ont eu une fille (Catherine), un fils (AndrĂ©), ont Ă©migrĂ© en 1940 aux Etats-Unis, vĂ©cu Ă  Hollywood. Retour dĂ©finitif Ă  Paris Ă  la LibĂ©ration. L’Ĺ“uvre littĂ©raire de Vladimir a acquis sa rĂ©putation. Ida, tout en s’occupant des siens, a travaillĂ© comme traductrice et dans le cinĂ©ma, continuant d’exercer une mĂŞme fascination sur leurs amis des quatre continents.

Ida Liebmann

Après l’incendie du Reichstag, en 1933, Ida Liebmann, juive et communiste, doit fuir l’Allemagne. Elle parvient Ă  obtenir un passeport et, avec l’aide d’amis, notamment Gustav GrĂĽndgens, directeur du théâtre de Hambourg, elle se rĂ©fugie en France.


Ida Liebmann
Ida Pozner et Pablo Picasso, Collioure, 1954.

Ida Pozner et Pablo Picasso, Collioure, 1954.


Ida et Vladimir Pozner retrouvent Joris Ivens au festival de Leipzig, 1968.

Ida et Vladimir Pozner retrouvent Joris Ivens au festival de Leipzig, 1968.


Ida Pozner, Hollywood, 1978.

Ida Pozner, Hollywood, 1978.

Quand Ida Pozner est morte, en 1995, Claude Roy a Ă©crit :

On ne choisit au dĂ©part ni sa place sur la terre, ni le temps de son siècle. Tu le savais, Ida. Tu as plutĂ´t vĂ©cu au carrefour des tempĂŞtes que dans les demeures du repos. Tu as vĂ©cu entre la France, l’Allemagne, la Russie, l’Europe et l’angoisse. Les moments heureux de ta vie, tu ne les as pas vĂ©cus comme des plages de paix mais comme des accalmies. Tu Ă©tais de cette espèce de mères et de grand-mères qui ne prĂŞtent pas seulement l’oreille aux pleurs des petits dans leurs berceaux, mais qui sont aux aguets pour ĂŞtre sĂ»res qu’il n’y a pas au coin de la rue des bruits de bottes, ou, au proche horizon, le grondement des chars et des bombes. Le destin t’avait fait naĂ®tre juive, l’amour t’avait fait choisir Volodia, la rĂ©volte contre les tyrans t’avait fait dĂ©cider d’ĂŞtre communiste. L’instinct du salut pour toi et pour les tiens avait fait de toi cette Ă©migrante toujours prĂŞte Ă  franchir une frontière. Tu changeais de langue sans changer d’amis. Ton extrĂŞme douceur aurait pu faire croire que tu ignorais la peur, mais ta tranquillitĂ© n’Ă©tait que la politesse de la bravoure. De Los Angeles Ă  ton refuge de l’Yonne, de la tentative d’assassinat de Volodia Ă  sa mort, j’ai souvent cheminĂ© en silence près de toi. J’ai senti en toi le subtil dĂ©chirement de ceux qui ne veulent ni mentir ni se mentir, ni dĂ©courager leurs compagnons de traversĂ©e du siècle, ceux qui, comme toi, Ida, refusent autant d’entretenir l’illusion que de trahir l’espĂ©rance. L’Histoire historique, de pouvoir et de mort, l’Histoire que nous devons vivre a rarement Ă©tĂ© une affaire de cĹ“ur pour les hauts protagonistes du drame. Mais chez ceux que les grands monstres appelaient « les simples gens », chez des ĂŞtres comme toi, Ida, nous aurons admirĂ© l’alliance de la luciditĂ© et de la tendresse, de la dĂ©termination et de l’intelligence, cette tenue qui s’appelle la dignitĂ©.
Elle fait tenir debout ceux qui, comme toi, Ida, ont bien vécu.

Claude Roy, 20 février 1995

De gauche Ă  droite, Claude Roy avec Vladimir et Ida Pozner, rue Mazarine (Paris).

De gauche Ă  droite, Claude Roy avec Vladimir et Ida Pozner, rue Mazarine (Paris).