Un pays de barbelés (Dans les camps de réfugiés espagnols en France, 1939), 2020 (posth.), en librairie

Editions Claire Paulhan, 2020, en librairie
http://www.clairepaulhan.com/auteurs/vladimir_pozner.html

Le 23 mars 1939, l’Ă©crivain, journaliste et militant antifasciste Vladimir Pozner arrive Ă  Perpignan. MissionnĂ© par le ComitĂ© d’accueil aux intellectuels espagnols, il s’apprĂȘte Ă  sillonner la rĂ©gion durant deux mois, afin de sortir des camps, Ă©rigĂ©s Ă  la hĂąte par l’administration française, les intellectuels qui y sont internĂ©s : “J’avais louĂ© Ă  Perpignan une Ă©choppe d’artisan abandonnĂ©e qui me servait de bureau lorsque je ne courais pas le pays. InstallĂ© sur un tabouret devant une machine Ă  Ă©crire posĂ©e Ă  l’extrĂ©mitĂ© d’un Ă©tabli, je rĂ©digeais de longs rapports, heureux lorsque je rĂ©ussissais Ă  retrouver derriĂšre les barbelĂ©s un Espagnol dont Paris m’avait envoyĂ© le nom, plus encore lorsque je parvenais Ă  le faire libĂ©rer.”

Notes prises sur le terrain, lettres, tĂ©moignages, coupures de presse, cartes postales et photographies, tous documents d’Ă©poque conservĂ©s par l’Ă©crivain, ainsi que les reportages choc qu’il a publiĂ©s alors pour alerter l’opinion, constituent la matiĂšre premiĂšre de ce livre inĂ©dit, en forme de puzzle documentaire. En 1965, Pozner allait publier un roman sur le mĂȘme thĂšme : Espagne premier amour.

Pour commander Un pays de barbelés : http://www.clairepaulhan.com/auteurs/vladimir_pozner.html

PoĂšmes de circonstance Стохо ĐœĐ° ŃĐ»ŃƒŃ‡Đ°Đč, 1928

Unique recueil de poÚmes (en russe) publié par Pozner.

PoĂšmes de circonstance

Paris, impr. de la SociĂ©tĂ© nouvelle d’Ă©ditions franco-slaves, 1928

A propos de


Vladimir Pozner, connu comme Ă©crivain et journaliste français, et mĂȘme comme scĂ©nariste amĂ©ricain, est presque oubliĂ© en tant que poĂšte russe. Cet oubli est, Ă  mon avis, injustifiĂ©. Sa poĂ©sie possĂšde un charme indĂ©niable et mĂ©riterait que les universitaires s’intĂ©ressent Ă  son unique recueil poĂ©tique, ne fĂ»t-ce qu’Ă  cause des inventions formelles et des trouvailles rythmiques tout Ă  fait originales et inattendues.

Andreï Dobritsyn, Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005

Panorama de la littérature russe, 1929

Panorama de la littérature russe

Kra, 1929

Les premiers mots

Dans les cirques russes il existait une attraction spĂ©ciale : des Ă©quilibristes marchaient sur un fil de fer tendu en tenant un samovar entre les mains. En France, le samovar est remplacĂ© par un bĂąton, au Japon, par un Ă©ventail. Le fil de fer reste toujours le mĂȘme. Trop souvent, en Ă©tudiant la littĂ©rature russe, les critiques n’ont prĂȘtĂ© attention qu’au samovar. Je me suis efforcĂ© de parler du fil de fer.

A propos de


Voici dĂ©jĂ  six mois qu’a paru le Panorama de la littĂ©rature russe contemporaine. Je le lus dĂšs sa publication et cette lecture m’attacha si fort que je promis Ă  son auteur, Vladimir Pozner, de dire ici combien son livre m’apparaissait utile, vif et divers.
Je m’excuse publiquement auprĂšs de M. Pozner de tenir parole aujourd’hui seulement, mais sans trop de remords. Son ouvrage est de ceux qui n’ont pas Ă  compter avec la date d’un article. Sa robustesse le place sur un plan plus haut, plus solide que celui de l’actualitĂ©.
Un retard, mĂȘme assez important, ne peut affecter la diffusion d’un livre qui est (et sera trĂšs longtemps) indispensable Ă  celui qui veut connaĂźtre et comprendre les Ă©lĂ©ments, les courants, l’atmosphĂšre de la littĂ©rature russe dans le premier quart de ce siĂšcle.

Joseph Kessel, Les Nouvelles littéraires, 1929

Nous connaissons quelques romanciers russes, mais la littĂ©rature russe dans ses lignes gĂ©nĂ©rales, dans ses tendances, dans ses origines, est gĂ©nĂ©ralement ignorĂ©e en France. La LittĂ©rature russe contemporaine de M. Vladimir Pozner contribuera heureusement Ă  la faire reconnaĂźtre. Sans qu’il soit possible de contrĂŽler les jugements et les aperçus de l’auteur, il rĂšgne dans tout son livre un air d’intelligence qui ne trompe pas.

AndrĂ© Billy, L’ƒuvre, 1929

C’est un livre intĂ©ressant Ă  deux titres, d’une part dans l’itinĂ©raire de Vladimir Pozner, qui va faire de l’enfant prodige des FrĂšres SĂ©rapion, du jeune poĂšte russe qui a dĂ©butĂ© Ă  15 ans, un romancier français, le romancier français notamment du Mors aux dents ; et dans cet itinĂ©raire, ce livre reprĂ©sente une incursion inattendue dans un domaine acadĂ©mique, sur le terrain de la critique universitaire et de l’histoire de la littĂ©rature. DeuxiĂšme titre d’intĂ©rĂȘt, cette incursion est peut-ĂȘtre sans lendemain dans la carriĂšre de Vladimir Pozner, mais elle n’est pas sans portĂ©e : c’est une contribution qui fait date dans l’histoire de la connaissance en France de la littĂ©rature russe du XXe siĂšcle
 Le goĂ»t, les options esthĂ©tiques de Vladimir Pozner se caractĂ©risent par la prĂ©dominance du facteur esthĂ©tique sur le facteur idĂ©ologique.

(Michel Aucouturier, Journées Vladimir Pozner,
Maison des Ă©crivains, Paris 2005)

Anthologie de la prose russe contemporaine, 1929

Anthologie de la prose russe contemporaine

Les premiers mots

En France on s’intĂ©resse aux jeune auteurs russes beaucoup plus qu’on ne les traduit.

A propos de


Cette anthologie est consacrée à dix-neuf auteurs contemporains, dont la moitié à peine sont connus en France par quelques traductions. Les autres, Boulgakov, Kavérine, Pasternak, Slonimsky, Tikhonov, etc., sont révélés pour la premiÚre fois.

AndrĂ© Pierre, L’Europe nouvelle, 1929

M. Vladimir Pozner, qui possĂšde Ă  merveille le français et le russe, a pensĂ© que le moment Ă©tait venu de donner un tableau complet de la littĂ©rature russe d’aprĂšs la RĂ©volution, Ă  l’aide d’Ɠuvres en prose convenablement choisies, et de notices bio-bibliographiques indiquant la place occupĂ©e par chaque Ă©crivain dans les lettres d’aujourd’hui, sa formation intellectuelle, ses tendances, ses mĂ©thodes.

Philéas Lebesgue, 1929

TolstoĂŻ est mort, 1935, en librairie

Tolstoj Ăš morto. Editio Adelphi, 2010. En librairie.

Tolstoj Ăš morto Ed. Adelphi, 2010 en librairie

TolstoĂŻ est mort. Editions Christian Bourgois, 2010. En librairie

Ed. C. Bourgois, 2010 en librairie

La BibliothÚque française, 1948

La BibliothÚque française, 1948

TolstoĂŻ est mort

TolstoĂŻ est mort

TolstoĂŻ, fuyant sa maison et les siens, tomba malade dans une gare perdue, Ă  Astapovo. Il y mourrait une semaine plus tard, le 7 novembre 1910. Pendant sept jours, le tĂ©lĂ©graphe servit de lien unique entre Astapovo et le monde. Les copies des dĂ©pĂȘches, conservĂ©es dans les archives, furent retrouvĂ©es et rĂ©unies en volumes. Elles constituent l’ossature de ce livre. Tous les faits relatĂ©s sont authentiques, toutes les citations littĂ©rales, tous les dĂ©tails conformes Ă  la rĂ©alitĂ©. Quelques rĂ©pliques ou remarques, ajoutĂ©es de-ci de-lĂ , sont Ă©crites dans le prolongement des tĂ©moignages tĂ©lĂ©graphiques, nĂ©cessairement brefs.

Vladimir Pozner

Les premiers mots

Le 1er novembre 1910, Ă  10 h 10 du matin, un tĂ©lĂ©gramme est remis au guichet de la petite gare d’Astapovo, sur la ligne de chemin de fer Riazan-Oural.
“Hier suis tombĂ© malade. Voyageurs m’ont vu, affaibli, descendre du train. Crains que la nouvelle ne se propage. Aujourd’hui, amĂ©lioration. Poursuivons voyage. Prenez mesures. Tenez-nous au courant.”

A propos de


RĂ©cit d’une agonie mythique
Il faut absolument lire ce livre d’une audacieuse simplicitĂ©. Un Ă©crivain de 30 ans avec une maniĂšre franche d’aborder les choses, un sens aigu des faits, un regard lĂ©gĂšrement en surplomb, rencontre d’emblĂ©e ce qui est, ou devrait ĂȘtre, la dĂ©finition mĂȘme de toute entreprise littĂ©raire : l’accĂšs immĂ©diat Ă  un monde d’Ă©motion et de pensĂ©e.

DaniÚle Sallenave, Le Monde, 5 février 2010

Le tĂ©lĂ©graphe, avant l’iPad, faisait son entrĂ©e dans la littĂ©rature
TolstoĂŻ est mort, de Vladimir Pozner (dont l’Ɠuvre est Ă  redĂ©couvrir, en commençant par Le Mors aux dents et Les Etats-DĂ©sunis), reprend Ă©galement des tĂ©moignages, des dĂ©pĂȘches et des lettres. En 185 chapitres brefs, c’est le dernier sĂ©jour de TolstoĂŻ qui est relatĂ©. LiĂ© aux mouvements de l’avant-garde poĂ©tique en Russie, l’auteur a construit une sorte de chant, un collage vigoureux, qui reproduit la situation absurde de l’écrivain agonisant, coupĂ© de sa propre gloire. On pense aux romans-documents de Blaise Cendrars, L’Or et Rhum, et Ă  l’ouverture de L’Espoir d’AndrĂ© Malraux. Le tĂ©lĂ©graphe, avant l’iPad, faisait son entrĂ©e dans la littĂ©rature.

Raphaël Sorin, Blog Libé, 4 février 2010

La mort de TolstoĂŻ, premier reality show de l’histoire
Le livre qui restitue le mieux l’aura extraordinaire de cet Ă©vĂ©nement est sans doute TolstoĂŻ est mort, publiĂ© pour la premiĂšre fois en 1935 et rĂ©Ă©ditĂ© rĂ©cemment en France et en Italie.

Lara CrinĂČ, Il Venerdi di Repubblica, mai 2010

Les livres de Elle
Si la vie de LĂ©on TolstoĂŻ est ponctuĂ©e de retournements dĂ©routants, que dire de sa mort ? A l’Ăąge de 82 ans, aprĂšs un demi-siĂšcle de mariage avec la comtesse Sophie qui lui donna treize enfants, il dĂ©cide de fuir la demeure familiale. Voyageant sous un nom d’emprunt, il tombe malade et est recueilli par le chef de gare. TrĂšs vite, les journalistes accourent
 Le regrettĂ© Vladimir Pozner a choisi dans “TolstoĂŻ est mort”, Ă©crit en 1935, de reconstituer les derniers jours du grand Ă©crivain. Aujourd’hui rĂ©Ă©ditĂ©s, ces fragments mĂȘlant courtes phrases et citations authentiques construisent un roman passionnant et Ă©tonnamment
 contemporain !

Héléna Villovitch, Elle, 2-8 mars 2010

Pozner, un inventeur de formes
NĂ© Ă  Paris en 1905 de parents d’origine russe, il portera en lui, sa vie durant, cette sorte de double origine : en Russie au moment de la RĂ©volution, il s’y rĂ©vĂšle un jeune poĂšte prometteur, soutenu par Gorki, proche de ceux que l’on appellera les formalistes. De retour en France, il fait dĂ©couvrir les nouvelles tendances littĂ©raires de cette neuve Union soviĂ©tique, avant de devenir lui-mĂȘme romancier. Il soutient, durant les annĂ©es 30, les Ă©crivains allemands en exil puis la RĂ©publique espagnole, parcourt les Etats- Unis en 1936 avant de devoir s’y rĂ©fugier pendant la guerre (il Ă©crit quelques scĂ©narios pour Hollywood). L’aprĂšs-guerre le voit poursuivre la lutte : il accueille ces nouveaux exilĂ©s que sont les victimes du maccarthysme, entretient des amitiĂ©s multiples et fidĂšles – avec Brecht, Chagall, Bunuel… Victime d’un plasticage de l’OAS en 1962, il Ă©chappe Ă  la mort et poursuit son Ɠuvre jusqu’en 1992 — ayant traversĂ© le siĂšcle, Ɠil vivant, dĂ©couvreur attentif et artiste novateur.

Thierry Cecille, Le Matricule des anges, mars 2010

La mort de TolstoĂŻ en direct
La fugue et la fin de TolstoĂŻ contiennent en fait un potentiel romanesque et fictionnel qui a attirĂ© l’intĂ©rĂȘt des Ă©crivains, biographes et cinĂ©astes : de Romain Rolland Ă  Stephan Zweig, de Tomas Mann Ă  Rainer Maria Rilke jusqu’Ă  Orwell et bien d’autres, la liste est vaste. Chacun cependant a voulu voir dans la fugue et la fin de TolstoĂŻ une sorte d’Ă©vĂ©nement paradigmatique, nĂ©gligeant la chronique au profit d’une relecture souvent symbolique et pas toujours impartiale de la rĂ©alitĂ©. Le seul livre qui a vraiment racontĂ© la fugue et la fin de TolstoĂŻ a Ă©tĂ© Ă©crit en 1935 par Vladimir Pozner.

Mattia Mantovani, La Provincia di Lecco, juin 2010

Sur un événement devenu mythique, Pozner écrivit un premier livre à la facture originale qui donna la mesure de son talent.
Vladimir Pozner est un de ces intellectuels et Ă©crivains d’exception comme le XXe siĂšcle en connut peu. Russe et Français tout Ă  la fois, mais aussi esprit universel et cosmopolite, prenant son miel lĂ  oĂč il le trouvait, loin de toute contrainte, il fut sa vie durant un homme engagĂ© qui croyait que le monde pouvait et devait changer. (
) En 1935, son premier livre, TolstoĂŻ est mort, connaĂźt un succĂšs retentissant.
(
) Le livre est le rĂ©cit heure par heure, minute par minute, de la fin du grand homme, suivie dans le monde entier au moyen des tĂ©lĂ©grammes et des journaux. Face Ă  une popularitĂ© immense qui ne peut ĂȘtre comparĂ©e qu’Ă  celle de Victor Hugo pour les Français, le gouvernement tsariste, qui craignait TolstoĂŻ, Ă©tait sur les dents et avait dĂ©pĂȘchĂ© des policiers chargĂ©s de suivre son agonie. (
) Les paysages dĂ©trempĂ©s, la nuit ou la grisaille du jour, les attroupements silencieux, le sifflet du train… dessinent une toile de fond au diapason de l’angoisse de tous les spectateurs de cette agonie.
A partir de ce fil conducteur, Vladimir Pozner rĂ©alise un rĂ©cit fort et original en utilisant la technique du montage comme l’avaient pratiquĂ©e les cinĂ©astes et les photographes tels Rodtchenko ou John Heartfield, dont l’influence fut grande sur les Ă©crivains russes des annĂ©es 1920. (
)
On ne raconte plus, le lecteur devient acteur de l’aventure en recrĂ©ant du lien et du sens tel que lui le perçoit. Vladimir Pozner, en mettant en place une technique d’Ă©criture qui aurait pu ĂȘtre dĂ©routante, voire ennuyeuse, rĂ©ussit le tour de force de rendre passionnant ce qui aurait pu sembler insignifiant et Ă  faire surgir, Ă©troitement liĂ©es, Ă©motion et pensĂ©e. Du grand art.

Marie-ThĂ©rĂšse SimĂ©on, L’HumanitĂ©/Les lettres françaises, juin 2010

Le cas TolstoĂŻ
C’est le mĂ©rite de Pozner qui a voulu consulter tous les tĂ©lĂ©grammes partis de et arrivĂ©s Ă  Astapovo. Son compte rendu, “montĂ©” comme une sĂ©quence de film (Pozner a aussi Ă©tĂ© scĂ©nariste, et son “The Dark Mirror” a Ă©tĂ© nommĂ© aux Oscars en 1946) a une saveur Ă  Ă©gale distance d’Ionesco et de Gogol.

Nicoletta Tiliacos, Il Foglio, juin 2010

Et TolstoĂŻ fugua
DĂšs que la nouvelle de la fugue de l’écrivain est connue, les Ă©chotiers arrivent en masse Ă  Astapovo et prĂ©cĂšdent la famille. GrĂące aux dĂ©pĂȘches, nous n’ignorons rien du quotidien du grand homme : son pouls, sa nourriture, sa tempĂ©rature
 D’aprĂšs la rumeur, des foules de disciples caucasiens feraient le siĂšge de la ville. «Tout, souligne Vladimir Pozner, est matiĂšre Ă  articles, les mensonges comme les mises au point, les suppositions comme les dĂ©mentis.»

Joseph Macé-Scaron, Le Magazine littéraire, février 2010

Le retour de Pozner
La prĂ©sence de Vladimir Pozner, disparu en 1992, s’imposait Ă  l’occasion de la cĂ©lĂ©bration de l’annĂ©e de la Russie. Sa forte personnalitĂ© d’Ă©crivain et de journaliste en fait le trait d’union culturel entre nos deux pays. NĂ© Ă  Paris en 1905, il passa sa jeunesse Ă  Petrograd au moment de la rĂ©volution de 1917. De retour en France en 1921, c’est en langue française que le jeune homme qui a traduit TolstoĂŻ, DostoĂŻevski et la nouvelle littĂ©rature soviĂ©tique, Ă©crit ses premiers ouvrages.

Jean-Claude Lamy, Le Midi libre, 23 avril 2010

TolstoĂŻ est mort, docu-livre de Vladimir Pozner
Le montage d’Astapovo
Avant 1935, on pensait tout savoir sur la fugue sĂ©nile de LĂ©on TolstoĂŻ et sur sa mort dans le village d’Astapovo : c’est alors que Pozner a “montĂ©” tout le matĂ©riel dispersĂ© (tĂ©lĂ©grammes, articles, rapports de police) avec une incroyable tension objective, et ainsi rĂ©alisĂ© un grand roman sur le dernier souffle de l’Ă©popĂ©e.

Enzo di Mauro, Alias, supplément à Il Manifesto, juillet 2010

Le monde Ă©pie les derniers battements de son cƓur
Pozner reconstruit cet ultime Ă©pisode de la vie de TolstoĂŻ, mettant en Ă©vidence l’intĂ©ressant phĂ©nomĂšne, nouveau pour l’Ă©poque, qui le caractĂ©rise : le complet renversement des rapports traditionnels entre vie publique et vie privĂ©e.

Nadia Caproglio, La Stampa, juin 2010

Bien sĂ»r, la littĂ©rature française et Ă©trangĂšre, Ă  partir de la deuxiĂšme partie des annĂ©es vingt, expĂ©rimente le montage et l’intĂ©gration de documents bruts – prospectus, affiches, extraits de journaux, etc. TolstoĂŻ est mort a en ce sens des prĂ©cĂ©dents fameux. Mais rien pourtant d’aussi radical Ă  ma connaissance que TolstoĂŻ est mort.

Valérie Pozner, Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005
(voir aussi ValĂ©rie Pozner, TolstoĂŻ est mort, Revue d’Etudes slaves, LXXXI (2010), p. 113-124)

Un roman-documentaire sur les derniers jours du grand Ă©crivain.

Nicole Zand, Le Monde, 1992

Je me souviens, moi aussi. Je me souviens d’un livre qui Ă©tait posĂ© par terre, dans un jardin, Ă  cĂŽtĂ© d’un fauteuil d’osier vide. Bien avant la guerre. J’empruntai le fauteuil, et le livre. Il Ă©tait question, Ă  la premiĂšre page, d’une petite gare, sur une plaine, sans rien autour, la nuit dĂ©jĂ  tombĂ©e. Les trains jamais ne s’arrĂȘtaient, dans cette gare. Et ce soir-lĂ , le chef de gare tendait l’oreille, passait sa veste, sortait en courant de sa chambre : mais oui, le train freinait, s’arrĂȘtait. Une jeune femme en descendait, qui aidait un vieux monsieur souffrant. Le train repartait. Et le chef de gare courait changer les draps du seul lit de la station, le sien. C’est le dĂ©but d’un chef-d’Ɠuvre, TolstoĂŻ est mort, de Vladimir Pozner.

Michel Cournot, Le Nouvel Observateur, 1972

Le livre est montĂ© comme un film. Ce grand Ă©vĂ©nement de la mort de TolstoĂŻ se reflĂšte simultanĂ©ment dans les lettres des siens, dans les articles des journalistes, dans les dĂ©pĂȘches des adversaires et disciples lointains. Il en rĂ©sulte une impression frappante de vĂ©ritĂ©.

Le Bulletin des Lettres, 1935

Ce livre est saisissant comme la vie, angoissant parfois comme la mort elle-mĂȘme qui est prĂ©sente.

L’Echo de Paris, 1935

La sobriĂ©tĂ© du rĂ©cit, l’absence de toute rhĂ©torique donnent Ă  ce livre un cachet de vĂ©ritĂ© impossible Ă  dĂ©passer. On vit le drame soi-mĂȘme.

Maurice Daubrive, Miroir du Monde, 1936

Le mors aux dents, 1937, en librairie

Le mors aux dents. Actes Sud / Babel, 2005. En librairie.

Actes Sud / Babel, 2005. En librairie.

Actes Sud, 1985 en librairie

Actes Sud, 1985. En librairie

Livre Club Diderot, 1977 (in ƒuvres)

Livre Club Diderot, 1977 (in ƒuvres)

Julliard, 1962

Julliard, 1962

Le mors aux dents. Denoël, 1937

Denoël, 1937

Au lendemain de la rĂ©volution d’Octobre 1917, le baron Ungern s’insurge contre le pouvoir soviĂ©tique. Il prend les armes, rĂ©unit des partisans, chasse la garnison chinoise d’Ourga, conquiert la Mongolie et s’avance vers PĂ©kin avec un seul but : reconstituer l’empire de Gengis Khan, quitte Ă  torturer et Ă  massacrer des milliers d’hommes. MĂȘme parmi ceux qui l’ont cĂŽtoyĂ©, peu le connaissent : est-ce un fou sanguinaire, un militaire ambitieux, un bouddhiste convaincu ou un aristocrate courtois ? Le “baron sanglant”, personnage authentique et insaisissable, semble appartenir Ă  la lĂ©gende. Seul un romancier d’exception pouvait relater sa grandiose et dĂ©risoire Ă©popĂ©e. Vladimir Pozner en retrace les Ă©tapes sur un rythme Ă©tourdissant, avec cette Ă©criture Ăąpre et rapide qui assura au Mors aux dents – dĂšs sa premiĂšre publication en 1937 – un succĂšs qui ne devait pas se dĂ©mentir.

Bertrand Py (Actes Sud), 1985

En exergue

Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie.
Baudelaire

Les premiers mots

La derniĂšre fois que j’ai vu Blaise Cendrars, il ne m’a pas reconnu. Cela se passait Ă  l’enterrement de Fernand LĂ©ger, au mois d’aoĂ»t 1955. Paris Ă©tait vide d’hommes et plein de fleurs, il y avait plus de fleurs que d’hommes au cimetiĂšre de Gif-sur-Yvette. D’abord Nadia LĂ©ger avait cru que son mari n’aurait pas voulu de fleurs, rien d’autre qu’un drapeau rouge sur son cercueil. Elle avait fini par changer d’avis, il y a eu le drapeau rouge et les fleurs, pas de couronnes, des gerbes seulement. Le soleil brĂ»lait, il y avait des fruits aux branches des arbres ; Ă  l’entrĂ©e du cimetiĂšre, Ă  l’ombre d’un pommier, rassemblĂ©e autour d’une moto rutilante, une famille d’ouvriers Ă©tait descendue tout entiĂšre d’une toile de LĂ©ger.
(…)
Je retournai chez Cendrars les mains vides.
— Je vais Ă©crire la vie d’Ungern, lui dis-je.
— Qui est-ce ?
— Un gĂ©nĂ©ral blanc qui a combattu les bolcheviks en ExtrĂȘme-Orient et s’est retirĂ© en Mongolie aprĂšs la dĂ©faite de ses chefs.
C’était tout ce que je savais.

A propos de


“Le mors aux dents, cette Ă©popĂ©e infernale, est un livre sang et steppe”.

Claude Roy

Un modĂšle de rĂ©ussite, selon moi, c’est Le Mors aux dents, de Vladimir Pozner, qui raconte l’histoire du baron Ungern, celui que croise Corto Maltese dans Corto Maltese en SibĂ©rie. Le roman de Pozner se divise en deux parties : la premiĂšre se dĂ©roule Ă  Paris, et rend compte des recherches de l’écrivain qui recueille des tĂ©moignages sur son personnage. La deuxiĂšme nous plonge brutalement au coeur de la Mongolie, et l’on bascule d’un coup dans le roman proprement dit. L’effet est saisissant et trĂšs rĂ©ussi. Je relis ce passage de temps en temps. En fait, pour ĂȘtre prĂ©cis, les deux parties sont sĂ©parĂ©es par un petit chapitre de transition intitulĂ© « Trois pages d’Histoire », qui s’achĂšve par cette phrase : « 1920 venait de commencer. »
Je trouve ça génial.

Laurent Binet, HHhH, 2009

C’est le premier livre de Pozner que j’aie lu. J’avais 16 ans. Ce livre m’est restĂ© comme une rĂ©vĂ©lation.

Jorge Semprun, France Culture, 2005

Ce “roman vrai” parut en 1937, quand Hitler et le Front populaire s’affrontaient. Il Ă©clate Ă  nouveau aujourd’hui. Il Ă©tonne plus encore par le tir serrĂ© des phrases et la modernitĂ© de sa composition.

Dominique Desanti, Le Monde des livres, 2005

Dans les annĂ©es lointaines, j’ai dĂ©butĂ© devant une camĂ©ra avec Vladimir Pozner, scĂ©nariste du film Le point du jour. Je ne l’ai jamais quittĂ© depuis. J’aurais aimĂ© qu’il soit mon frĂšre. Le mors aux dents reparaĂźt, politique, bouleversant, historique. Pozner, homme puissant et si tendre.

Michel Piccoli, Le Nouvel Observateur, 2005

Un des Ă©crivains les plus exigeants et les plus lucides de son temps.

François Eychart, L’HumanitĂ©, 2005

La mort… La mort… Le mors ! La mort dans Le mors aux dents, eh bien, c’est un cheval fou !

Jean-Pierre Faye, 2005

MenĂ©e bride abattue, la prose halĂšte et se hachure. La collection Babel ne pouvait mieux commĂ©morer le centenaire de la naissance de Vladimir Pozner qu’en republiant son texte le plus cravachĂ©.

Frédéric Saenen, Sitartmag, 2005

Vladimir Pozner est un extraordinaire ciseleur de phrases et cet homme de partout fait l’amour à la langue française comme peu d’auteurs français l’ont fait en ce siùcle.

Jean-Michel Ollé, Différences, 1986

Sans pĂ©riphrase, Le mors aux dents, c’est une sorte d’à la recherche du Tueur perdu. Éperdu mĂȘme. Nous sommes Ă  l’époque oĂč la Russie sort de sa rĂ©volution et oĂč des hommes, venus du bout des temps, tentent encore contre vents et marĂ©es d’arrĂȘter le temps. Ungern vient d’ailleurs du plus profond de nos terreurs, de nos plus anciens cauchemars. C’est Ă  proprement parler un monstre, une bĂȘte fĂ©roce, mais comme tel, il a pu fasciner. On lui obĂ©issait aveuglĂ©ment, faute de quoi on n’en revenait pas. Et son Ă©vocation ne peut qu’ĂȘtre une succession de morceaux de bravoure coupĂ©s de froids comptes rendus, de ces rapports plus cruels encore dans leur entiĂšre sĂ©cheresse, qui ont dĂ©jĂ  fait la beautĂ© terrible des grands livres de Malraux, Les conquĂ©rants et La condition humaine.

Pierre-Jean RĂ©my, prĂ©face Ă  ƒuvres de Vladimir Pozner, 1977

Vladimir Pozner a un accent prodigieux. Ses phrases brĂšves bondissent. Elles ont l’Ă©clat du mĂ©tal. C’est un Ă©crivain, un vrai, qui a le sens de la couleur et du rythme.

Charles Plisnier, L’IndĂ©pendance, 1937

Claude Morgan, Vendémiaire, 1937

Le mors aux dents, de Vladimir Pozner, c’est TempĂȘte sur l’Asie.

La Critique cinématographique, 1938

Il faut lire ce livre bouleversant, violent et beau. Il participe à la fois de la poésie épique la plus véhémente et de la prise de vue la plus lucide et la plus froide.

Charles Plisnier, L’IndĂ©pendance, 1937

Les États-DĂ©sunis, 1938, en librairie

Denoël, 1938

Denoël, 1938

É. F. R., 1948

É. F. R., 1948

É. F. R., 1968 (in Escalade)

É. F. R., 1968 (in Escalade)

10/18, 1975

10/18, 1975

Lux, 2009 (suivi d'un entretien avec Noam Chomsky, postface de Jean-Pierre Faye, préface de Daniel Pozner) en librairie

Lux, 2009 (suivi d’un entretien avec Noam Chomsky, postface de Jean-Pierre Faye, prĂ©face de Daniel Pozner) en librairie

En ces temps de crise, il faut lire et relire cette chronique de l’AmĂ©rique de la Grande DĂ©pression. Ce livre clĂ©, “d’une critique impitoyable et d’une grande tendresse” (Jorge Semprun), a marquĂ© les esprits dĂšs sa sortie en 1938. Dans un genre littĂ©raire qui lui est propre, qui tient autant du reportage que de la forme romanesque, Pozner observe et dĂ©crit un pays, les États-Unis, alors en pleine dĂ©tresse spirituelle et matĂ©rielle, mais qui ne cesse de fasciner. Ce peuple, l’auteur en sonde l’ñme par un puissant montage de dĂ©tails : la vie quotidienne de Harlem, les briseurs de grĂšve de l’agence Pinkerton, la guerre des journaux Ă  Chicago, les hĂ©ros dĂ©chus de Hollywood, les grĂšves violentes dans les mines de Pennsylvanie, John Dos Passos et Waldo Frank, le courrier du cƓur et les Ă©crivains publics, le marchand de lacets de Wall Street, les gangsters et les croque-morts… Il compose une mosaĂŻque qui renvoie l’image d’un pays oĂč l’énergie le dispute au dĂ©sespoir, la solidaritĂ© Ă  la misĂšre, et oĂč le culte du service et de l’efficacitĂ© mĂšne le plus souvent Ă  l’asservissement et au dĂ©cervelage.

4e page de couverture, Lux Ă©diteur, 2009

GoĂ»t d’une prose sĂšche, prĂ©cise, nerveuse, parfois violente parfois tendre, dĂ©sintĂ©rĂȘt pour la sentimentalitĂ© (mais pas pour les sentiments). Cendrars, Caldwell, Brecht, Hammett admiraient ses romans : nulle surprise, si l’on y songe. Pas de superflu, dans sa peinture de l’AmĂ©rique : dĂ©testation de Pozner pour toute forme de « perte de temps » ! Mais par le montage, « donner de l’acuitĂ© au dĂ©tail le plus insignifiant en le plaçant Ă  l’endroit juste. » Le portrait cubiste d’un pays.

Daniel Pozner, préface, Lux éditeur, 2009

On connaĂźt en France une AmĂ©rique d’images d’Épinal : gratte-ciel, gangsters, vedettes de cinĂ©ma, etc., ainsi que l’AmĂ©rique, patrie du progrĂšs et du confort. Ces deux pays ont Ă©tĂ© explorĂ©s Ă  fond par de nombreux Ă©crivains et journalistes. L’AmĂ©rique faite de chair et d’os – et de sang – est moins connue. Ce livre peut donc aussi bien ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un supplĂ©ment fragmentaire Ă  mille et une relations de voyages antĂ©rieures.
Toutefois, l’auteur admet volontiers qu’il a trop aimĂ© l’AmĂ©rique et les AmĂ©ricains pour avoir songĂ© Ă  ĂȘtre poli Ă  leur Ă©gard.

Vladimir Pozner, 1er janvier 1938

En exergue

Le temps de la philosophasserie est passé.
Celui de la photographie est venu.
Jules VallĂšs, Le tableau de Paris

La cause de l’AmĂ©rique est Ă  beaucoup d’égards
la cause du genre humain. Plusieurs circonstances
prouvent dĂ©jĂ  (et il s’en Ă©lĂšvera beaucoup
d’autres Ă  l’appui) que tous ceux qui chĂ©rissent l’humanitĂ©,
doivent prendre part Ă  notre querelle et Ă  nos succĂšs.
Thomas Paine, Le sens commun, 1776

Les premiers mots

… oui, mais le soleil va plus vite. Jailli de l’Atlantique, il prend le dĂ©part, Ă  5 h 26, Ă  Portland, dans le Maine, aux confins du Canada ; Ă  5 h 30, il est Ă  Boston, douze minutes plus tard, Ă  New York.
A 5 h 47, on le signale Ă  Philadelphie, citĂ© des quakers, Ă  5 h 48, Ă  Wilmington, capitale des Dupont de Nemours, Ă  5 h 54, Ă  Washington, siĂšge du gouvernement. A 6 h 06, c’est au tour de l’acier de Pittsburgh, Ă  6 h 10, aux palmiers de Miami, Ă  6 h 18, aux automobiles de Detroit. Sans une seconde de retard sur l’horaire, le soleil touche Atlanta, en GĂ©orgie, Ă  6 h 24, Cincinnati, en Ohio, Ă 
6 h 25, Louisville, dans le Kentucky, Ă  6 h 29. Les hauts fourneaux de Gary l’aperçoivent Ă  6 h 35, et les abattoirs de Chicago, une minute plus tard. De soixante secondes en soixante secondes, les villes se succĂšdent : 6 h 46, Memphis, 6 h 47, Saint Louis, 6 h 48, La Nouvelle-OrlĂ©ans. Les usines de l’Est tournent dĂ©jĂ  et les plantations du Sud bourdonnent ; Ă  prĂ©sent surgissent les fermes et les troupeaux du Middle-West : Des Moines Ă  7 h juste, Ă  7 h 04, Kansas City, Ă  7 h 10 Omaha. AprĂšs les pistes des explorateurs français, des nĂ©gociants nĂ©erlandais, des gouverneurs britanniques, les sentes des pionniers et trappeurs amĂ©ricains. Les cactus du dĂ©sert, maintenant, et les Indiens
(7 h 17 : Oklahoma City), les Mexicains (7 h 50 : Santa Fe), les Mormons (8 h 13 : Salt Lake City). Un ocĂ©an sourd Ă  l’horizon ; Los Angeles au sud, Seattle au nord ; et, Ă  8 h 57, le soleil entre en gare de San Francisco.
Le 21 septembre 1936 commence aux États-Unis de l’AmĂ©rique du Nord.

A propos de


Une lecture indispensable aujourd’hui !

DaniĂšle Sallenave, France Culture, octobre 2009

Cet ovni littĂ©raire, publiĂ© en 1938 chez DenoĂ«l, apparaĂźt aujourd’hui Ă©trangement moderne et sans frontiĂšres.

Martine Laval, Télérama, 2009

MĂȘlant “choses vues”, extraits de journaux et comptes rendus d’entretiens rĂ©alisĂ©s par l’auteur lors de son sĂ©jour outre-Atlantique en 1936, Les Etats-DĂ©sunis est un formidable (et trĂšs littĂ©raire) portrait de l’AmĂ©rique au temps de la Grande DĂ©pression. C’est une sorte de grand reportage, qui fait traverser le pays au lecteur, avec de longues plongĂ©es dans les quartiers les plus sordides de New York, des bas-fonds d’Harlem peuplĂ©s de petites frappes, de prostituĂ©es et de prĂ©dicateurs illuminĂ©s, Ă  la misĂ©rable Bowery Street, au sud de Manhattan, oĂč le froid, en hiver, tuait les pauvres Ă  la chaĂźne. Vladimir Pozner fait surtout preuve, dans ces pages captivantes, d’une luciditĂ© redoutable.

Thomas Wieder, Le Monde, décembre 2009

Rarement le destin de ces damnĂ©s du capitalisme a Ă©tĂ© restituĂ© avec une si poignante sobriĂ©tĂ©. Rarement on aura montrĂ© avec une telle pertinence ce qui rapproche l’homme d’affaires du gangster. C’est un chef d’Ɠuvre.

Baptiste Touverey, Le Nouvel Observateur, 2009

Les États-DĂ©sunis est un livre dont la lecture a Ă©tĂ© pour moi trĂšs importante. C’’est un livre fondamental dans cette tentative de parler de l’inventaire du monde et de l’invention du roman. C’est un livre oĂč l’on peut trĂšs bien voir oĂč passe la frontiĂšre, parfois difficile Ă  dĂ©celer, entre reportage et littĂ©rature. Pozner raconte son voyage, et il le raconte d’une façon typiquement romanesque : les premiĂšres pages, c’est la description de l’avancĂ©e du soleil sur l’AmĂ©rique – Ă  telle heure, le soleil est sur New York, etc. LĂ , on dĂ©couvre peu Ă  peu le paysage de son livre ; avant mĂȘme de faire le voyage, le soleil fait le voyage pour vous. Tout Ă  coup, au milieu de la description d’une bataille syndicale, dans une typographie un peu diffĂ©rente, et avec des marges diffĂ©rentes, avec ce jeu du montage des textes, il y a l’histoire d’un Scotty, Walter Scott, de la VallĂ©e de la Mort, qui Ă©tait mineur. Cette histoire-lĂ  prend quelques lignes, et tout Ă  coup c’est un personnage de roman qui apparaĂźt.

Jorge Semprun
Les États-DĂ©sunis, Inventaire du monde, invention du roman
Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005

Avec Pozner, nous sommes aux États-Unis en 1936, surtout Ă  New York, nous lisons le journal du matin, du soir, informations locales et nationales, publicitĂ©, prĂȘches se mĂȘlent. Un examen subtil de la phrase informative – que l’information provienne de l’observation ou de la presse – montre un grand travail d’écriture, mais celui-ci tend au resserrement, non pas Ă  l’amplification. La discontinuitĂ© de la pensĂ©e et du monde est acceptĂ©e, soulignĂ©e, non pas colmatĂ©e par des prouesses rhĂ©toriques. Je dĂ©finis ainsi l’écriture moderne. Pozner, paradoxalement, a une Ă©criture amĂ©ricaine, celle de Dos Passos, voire de Pound. Citons aussi le Brecht de Dans la jungle des villes et Sainte-Jeanne des abattoirs, le Cendrars de Bourlinguer et de L’or, MaĂŻakovski. Ces artistes de la modernitĂ© me semblent vraiment trĂšs proches de Pozner ou Pozner proche d’eux.

Hubert Lucot
Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005

Un art saisissant de crĂ©er la synthĂšse Ă  partir de l’anecdote. Vladimir Pozner nous raconte des histoires, des centaines d’histoires – parfois un long rĂ©cit, parfois seulement une phrase – et le tableau se prĂ©cise peu Ă  peu, une logique naĂźt de cet apparent dĂ©sordre – voici les États-Unis d’AmĂ©rique, en version originale Ă  peine sous-titrĂ©e ! Une AmĂ©rique pleine de bruit et de fureur, oĂč tout se mĂȘle, brutalitĂ© et tendresse, inquiĂ©tude et orgueil, espoir et aveuglement
 Vladimir Pozner a Ă©crit lĂ  des pages fulgurantes.

Martine Monod, L’HumanitĂ©-Dimanche, 1968

Un reportage aux Ă©tonnantes qualitĂ©s littĂ©raires. La plupart du temps on se croirait plutĂŽt plongĂ© dans un grand et violent roman de la vie moderne amĂ©ricaine, Ă©crit par un auteur impitoyable et clairvoyant. Le reportage haussĂ© jusqu’à ce ton mĂ©rite de figurer au premier rang des genres littĂ©raires.

Emile Danoën, Ce soir, 1948

Le livre de Pozner est un beau livre, et un livre important. Il est le premier, sur le sujet essentiel de l’AmĂ©rique, Ă  avoir Ă©levĂ© le reportage aux dimensions d’un genre neuf, le documentaire
 Le procĂšs de l’AmĂ©rique, le vrai procĂšs d’une certaine AmĂ©rique, ne peut ĂȘtre fait de façon valable que par des hommes qui aiment les Etats-Unis. Pozner est de ceux-lĂ . Nous avons besoin, comme du temps de Stendhal, de « petits faits vrais ». C’est avec les petits faits vrais qu’on Ă©crit l’Histoire juste.

Claude Roy, Action, 1948

Vladimir Pozner vient d’Ă©crire un livre extraordinaire dans le plein sens du mot. Extraordinaire par le ton autant que par le contenu. Les faits parlent d’eux-mĂȘmes et cette sobriĂ©tĂ© permet d’atteindre une puissance dramatique prodigieuse. Rien ne peut donner une idĂ©e plus prĂ©cise et plus tragique Ă  la fois de l’inhumaine lutte pour le dollar que l’implacable chapitre intitulĂ© “Cadavres, sous-produits des dividendes”. On chercherait vainement un roman plus passionnant que ce procĂšs-verbal de constat de l’AmĂ©rique.

Philippe Lamour, Messidor, 1938

 

Deuil en 24 heures, 1942

Brentano’s, New York, 1942

Brentano’s, New York, 1942

Grasset, 1946

Grasset, 1946

Club français du livre, 1965

Club français du livre, 1965

Julliard, 1966

Julliard, 1966

Livre Club Diderot, 1977 (in ƒuvres)

Livre Club Diderot, 1977 (in ƒuvres)

Temps actuels, 1982

Temps actuels, 1982

Ce roman, dont tous les personnages sont imaginaires dans la mesure oĂč l’imaginaire est fait de bribes de rĂ©alitĂ©, a Ă©tĂ© Ă©crit en 1941 et a paru en 1942, Ă  New York, en français d’abord, puis en anglais, pour ĂȘtre, par la suite, publiĂ© ailleurs, et dans d’autres langues. Depuis prĂšs de cinq ans, l’auteur attend d’ĂȘtre lu par ceux qui, soldats comme lui, ou civils, avaient Ă©tĂ© charriĂ©s, Ă  leur cƓur dĂ©fendant, le long des routes de la dĂ©bĂącle et, un soir, au micro, avaient entendu, avec plus de dĂ©sespoir que d’étonnement et plus de rage que de dĂ©sespoir, la voix chevrotante de la trahison.

Vladimir Pozner
Paris, juin 1946

Les premiers mots

Il est faux qu’on ne meut qu’une fois.
Ensuite, ce fut le silence. Il dura. Dubois ne bougeait pas. Aplati sur sa paillasse, les bras collĂ©s le long des cuisses, il Ă©coutait. La porte ne battait plus. L’air de la nuit pĂ©nĂ©trait dans la cabane. C’était le seul mouvement. Un mouvement sans bruit. Avant, l’air de la nuit Ă©tait autre. Il charriait des coassements de grenouilles, des sifflets de locomotives. Il s’était enflĂ©, avait crevĂ©, dĂ©ferlĂ©. Il n’y avait plus de bruit.

A propos de


C’est un roman terrifiant, un roman qui devrait ĂȘtre lu par tous les AmĂ©ricains. Il existe des livres qui racontent l’histoire des hommes et des femmes consumĂ©s par les flammes de la guerre qui fait rage d’un bout Ă  l’autre de la terre, mais ce roman les domine de loin.

Erskine Caldwell, 1942

Deuil en 24 heures, de Vladimir Pozner, est de loin le meilleur roman issu jusqu’Ă  prĂ©sent de cette guerre – et il n’y a guĂšre de meilleur roman issu de quelque guerre que ce soit.

Dashiell Hammett, 1942

Le sujet est incomparable ; on dirait que l’art du roman ne pourra jamais l’égaler ; Pozner y parvient, et c’est en toute simplicitĂ©, Ă  force d’avoir vĂ©cu intensĂ©ment ce que d’autres n’avaient fait que subir.
Les romans de guerre passĂ©s, de Zola, et mĂȘme de Barbusse, ne permettaient, en guise de conclusion, que de vagues prĂ©visions Ă  long terme. Ici, par contre, l’avenir, dĂ©jĂ  entrĂ© en action, ne semble plus admettre ni dĂ©lai ni subterfuge.
Le livre de Pozner nous aide à garder notre courage ; et c’est de cela et de bien d’autres choses que nous le remercions.

Heinrich Mann, 1942

Avec une simplicitĂ© frappante, Pozner rapporte ce qu’il a vu et ressenti
 Quoiqu’il dĂ©crive, cela acquiert une telle vĂ©ritĂ© parce qu’il le voit avec humanitĂ© Ă  travers les yeux des gens.

Marianne Hauser, New York Times, 1942

Je sais que je ne veux rien manquer de ce que Pozner écrira dorénavant. La vérité est à elle seule une qualité assez rare, mais quand cette vérité est rendue par un styliste doué et subtil, nous sommes trÚs prÚs de ce que la littérature peut produire de meilleur.

Kay Boyle, The Nation, 1942

Merci, cher Ami, de nous avoir envoyĂ© Deuil en 24 heures, qui reste le meilleur tĂ©moignage Ă©crit sur la dĂ©bĂącle de 1940. Nous le relisons avec le mĂȘme plaisir que nous avions Ă©prouvĂ© Ă  le lire Ă  New York – si l’on peut parler de “plaisir” quand il s’agit d’une Ă©vocation de si sombres jours.

Pierre Cot, lettre Ă  Pozner, 1946

Le livre est avare de paroles.
Il est localisé et précis comme un bon cardiogramme.
On ne lit pas un pareil livre les yeux pleins de larmes. On le lit en se rappelant sa propre vie ; on le lit en se rĂ©pĂ©tant ses paroles Ă  voix basse et en sentant l’amertume dans sa bouche.
C’est un bon livre : il ne se borne pas Ă  laisser un goĂ»t amer, il rend la vue nette.

Victor Chklovski, 1965

Ici, protĂ©iforme, Pozner est au cƓur de la mĂȘlĂ©e et nous dĂ©crit ce que fut vraiment la Route des Flandres, au-delĂ  du roman-recherche Ă©laborĂ© aprĂšs coup.
Un monument, peut-ĂȘtre, que ce Deuil en 24 heures.

Pierre-Jean RĂ©my, prĂ©face Ă  ƒuvres de Vladimir Pozner, 1977

 

Les gens du pays, 1943

Éditions de la maison française, New York, 1943

Éditions de la maison française, New York, 1943

Hier et aujourd’hui, 1946

Hier et aujourd’hui, 1946

En exergue

Je n’ai nullement peur pour les Français ; ils se trouvent
à une telle hauteur dans la perspective de l’histoire universelle
que l’Esprit chez eux ne peut plus ĂȘtre asservi d’aucune façon.
GƓthe, Conversations avec Eckermann

Les premiers mots

Nous vivons une Ă©poque dont les Ă©vĂ©nements prĂȘtent de leur violence aux passions.
On frappa à la porte du salon. Jensen parut, figea au garde-à-vous son petit corps musclé et claqua des talons avec précision.
— Huber a disparu, mon lieutenant, dit-il d’une voix qui, malgrĂ© ses efforts, tremblait lĂ©gĂšrement.

A propos de


Évidemment, c’est supĂ©rieur aux autre livres Ă©crits sur le mĂȘme thĂšme.

Lillian Hellman, 1943

Il fait pour la France occupĂ©e et torturĂ©e ce que Steinbeck a fait pour la NorvĂšge. D’une Ă©criture calme et d’autant plus puissante.

Baltimore Evening Sun, 1943

Vladimir Pozner vient d’Ă©crire un grand livre. En enregistrant avec prĂ©cision et sobriĂ©tĂ© les actes et rĂ©actions de ses personnages, il les rend pour nous vivants et dramatiques. C’est en rapportant le plus petit dĂ©tail qu’il sait rĂ©aliser les plus grands effets tragiques.

GeneviĂšve Tabouis, Pour la victoire, 1943

Une histoire sobre, sans dĂ©clamation, constamment au niveau des choses simples et tragiques qu’elle raconte. SĂ»rement un des meilleurs livres sur l’Occupation.

R. Payet-Burin, Le Mercure de France, 1946

Qui a tué H. O. Burrell ?, 1952

É. F. R., 1952

É. F. R., 1952

É. F. R., 1968 (in Escalade)

É. F. R., 1968 (in Escalade)

Quinze ans aprĂšs Les États-DĂ©sunis, Qui a tuĂ© H. O. Burrell ? dĂ©voile l’AmĂ©rique de la guerre froide et du maccarthysme Ă  travers un fait divers authentique qui tient du roman policier dont il faut deviner si le hĂ©ros a voulu se donner la mort ou a Ă©tĂ© assassinĂ©.

En exergue

Sous peu, vous verrez cette chose curieuse :
des orateurs chassés de la tribune
et la parole libre, étranglée par des hordes de forcenés qui, dans le secret
de leur cƓur, sont toujours d’accord – comme ils l’étaient
auparavant – avec les orateurs lapidĂ©s, mais qui n’osent pas le dire.
Et voilà que la nation tout entiùre – l’Église et tous les autres – reprend
le cri de guerre et s’enroue à force de hurler et pourchasse
tout honnĂȘte homme qui se hasarde Ă  ouvrir la bouche,
et bientît les bouches cessent de s’ouvrir. Ensuite, les hommes d’État
vont inventer de pauvres mensonges, rejetant le blĂąme sur la nation
qui est attaquée, et chacun sera content de ces faussetés
qui apaisent la conscience et les Ă©tudiera diligemment
et refusera d’examiner tout argument qui les rĂ©fute :
ainsi, petit Ă  petit, il se persuadera que la guerre est juste
et remerciera Dieu de pouvoir mieux dormir aprĂšs s’ĂȘtre livrĂ©
Ă  cette grotesque dĂ©ception de soi-mĂȘme.
Mark Twain, L’Ă©tranger mystĂ©rieux

Les premiers mots

Le 30 janvier 1951, la New York Herald Tribune publiait une dĂ©pĂȘche de l’agence United Press. Il s’agissait d’un fait divers amĂ©ricain : un certain H. O. Burrell s’était tranchĂ© la gorge avec une lame de rasoir pour sauver sa femme et ses enfants des communistes. À en croire la police, de qui le journaliste tenait ses renseignements, c’était l’expression mĂȘme dont H. O. Burrell s’était servi : “pour sauver ma femme et mes enfants des communistes”. Il convient de prĂ©ciser que ni lui ni les siens n’étaient menacĂ©s d’un danger quelconque. La police pourchassait les communistes que la loi Mac-Carran venait de mettre, en fait, hors la loi ; l’Union soviĂ©tique ne construisait pas de bases aĂ©riennes Ă  la frontiĂšre des États-Unis ni n’envoyait de porte-avions Ă  la limite des eaux territoriales ; enfin, H. O. Burrell ne semble pas avoir Ă©tĂ© un millionnaire : le journal n’aurait pas manquĂ© de le mentionner.
Je ne connais pas H. O. Burrell, j’ignore jusqu’à son prĂ©nom. Henry ? Herbert ? Harold ? Peu importe. J’aurais mieux aimĂ© savoir ce qu’il faisait dans la vie. Ouvrier ? À la rigueur. Plus probablement petit bourgeois. Trente-neuf ans, mariĂ© et pĂšre de famille : manifestement, il avait plus d’un enfant. Deux, trois ou davantage ? Garçons ou filles ? Aucune idĂ©e.

A propos de


H. O. Burrell est un des grands cris de colĂšre et de mĂ©pris de notre temps. Un Ă©crivain qui parle le langage de la raison avec les armes des petits faits vrais, c’est toujours intĂ©ressant. Quand cet Ă©crivain est aussi un grand artiste, c’est ce qu’on peut demander de mieux.

Claude Roy, Libération, 1952

C’est une histoire vraie. Comment H. O. Burrell en Ă©tait-il arrivĂ©-lĂ  ? Quelle monstrueuse machine Ă  dĂ©cerveler l’avait Ă  ce point privĂ© de raison qu’il avait comme le ministre de la guerre Forrestal fini par voir sous son lit le spectre d’un soldat rouge – le couteau, naturellement, entre les dents ?

Pierre Courtade, L’HumanitĂ©, 1952

Ce livre suppose une si prodigieuse connaissance de la vie et des mƓurs amĂ©ricaines, une telle accumulation de faits vĂ©ridiques et d’observations minutieuses, que seul pouvait l’Ă©crire un Ă©crivain qui, comme l’auteur des Etats-DĂ©sunis, connaĂźt bien ce pays oĂč il a longtemps vĂ©cu et qu’il aime.

DĂ©mocratie Nouvelle, 1952