Panorama de la littérature russe, 1929

Panorama de la littérature russe

Kra, 1929

Les premiers mots

Dans les cirques russes il existait une attraction spéciale : des équilibristes marchaient sur un fil de fer tendu en tenant un samovar entre les mains. En France, le samovar est remplacé par un bâton, au Japon, par un éventail. Le fil de fer reste toujours le même. Trop souvent, en étudiant la littérature russe, les critiques n’ont prêté attention qu’au samovar. Je me suis efforcé de parler du fil de fer.

A propos de…

Voici déjà six mois qu’a paru le Panorama de la littérature russe contemporaine. Je le lus dès sa publication et cette lecture m’attacha si fort que je promis à son auteur, Vladimir Pozner, de dire ici combien son livre m’apparaissait utile, vif et divers.
Je m’excuse publiquement auprès de M. Pozner de tenir parole aujourd’hui seulement, mais sans trop de remords. Son ouvrage est de ceux qui n’ont pas à compter avec la date d’un article. Sa robustesse le place sur un plan plus haut, plus solide que celui de l’actualité.
Un retard, même assez important, ne peut affecter la diffusion d’un livre qui est (et sera très longtemps) indispensable à celui qui veut connaître et comprendre les éléments, les courants, l’atmosphère de la littérature russe dans le premier quart de ce siècle.

Joseph Kessel, Les Nouvelles littéraires, 1929

Nous connaissons quelques romanciers russes, mais la littérature russe dans ses lignes générales, dans ses tendances, dans ses origines, est généralement ignorée en France. La Littérature russe contemporaine de M. Vladimir Pozner contribuera heureusement à la faire reconnaître. Sans qu’il soit possible de contrôler les jugements et les aperçus de l’auteur, il règne dans tout son livre un air d’intelligence qui ne trompe pas.

André Billy, L’Œuvre, 1929

C’est un livre intéressant à deux titres, d’une part dans l’itinéraire de Vladimir Pozner, qui va faire de l’enfant prodige des Frères Sérapion, du jeune poète russe qui a débuté à 15 ans, un romancier français, le romancier français notamment du Mors aux dents ; et dans cet itinéraire, ce livre représente une incursion inattendue dans un domaine académique, sur le terrain de la critique universitaire et de l’histoire de la littérature. Deuxième titre d’intérêt, cette incursion est peut-être sans lendemain dans la carrière de Vladimir Pozner, mais elle n’est pas sans portée : c’est une contribution qui fait date dans l’histoire de la connaissance en France de la littérature russe du XXe siècle… Le goût, les options esthétiques de Vladimir Pozner se caractérisent par la prédominance du facteur esthétique sur le facteur idéologique.

(Michel Aucouturier, Journées Vladimir Pozner,
Maison des écrivains, Paris 2005)