Qui a tué H. O. Burrell ?, 1952

É. F. R., 1952

É. F. R., 1952

É. F. R., 1968 (in Escalade)

É. F. R., 1968 (in Escalade)

Quinze ans après Les États-Désunis, Qui a tué H. O. Burrell ? dévoile l’Amérique de la guerre froide et du maccarthysme à travers un fait divers authentique qui tient du roman policier dont il faut deviner si le héros a voulu se donner la mort ou a été assassiné.

En exergue

Sous peu, vous verrez cette chose curieuse :
des orateurs chassés de la tribune
et la parole libre, étranglée par des hordes de forcenés qui, dans le secret
de leur cœur, sont toujours d’accord – comme ils l’étaient
auparavant – avec les orateurs lapidés, mais qui n’osent pas le dire.
Et voilà que la nation tout entière – l’Église et tous les autres – reprend
le cri de guerre et s’enroue à force de hurler et pourchasse
tout honnête homme qui se hasarde à ouvrir la bouche,
et bientôt les bouches cessent de s’ouvrir. Ensuite, les hommes d’État
vont inventer de pauvres mensonges, rejetant le blâme sur la nation
qui est attaquée, et chacun sera content de ces faussetés
qui apaisent la conscience et les étudiera diligemment
et refusera d’examiner tout argument qui les réfute :
ainsi, petit à petit, il se persuadera que la guerre est juste
et remerciera Dieu de pouvoir mieux dormir après s’être livré
à cette grotesque déception de soi-même.
Mark Twain, L’étranger mystérieux

Les premiers mots

Le 30 janvier 1951, la New York Herald Tribune publiait une dépêche de l’agence United Press. Il s’agissait d’un fait divers américain : un certain H. O. Burrell s’était tranché la gorge avec une lame de rasoir pour sauver sa femme et ses enfants des communistes. À en croire la police, de qui le journaliste tenait ses renseignements, c’était l’expression même dont H. O. Burrell s’était servi : « pour sauver ma femme et mes enfants des communistes ». Il convient de préciser que ni lui ni les siens n’étaient menacés d’un danger quelconque. La police pourchassait les communistes que la loi Mac-Carran venait de mettre, en fait, hors la loi ; l’Union soviétique ne construisait pas de bases aériennes à la frontière des États-Unis ni n’envoyait de porte-avions à la limite des eaux territoriales ; enfin, H. O. Burrell ne semble pas avoir été un millionnaire : le journal n’aurait pas manqué de le mentionner.
Je ne connais pas H. O. Burrell, j’ignore jusqu’à son prénom. Henry ? Herbert ? Harold ? Peu importe. J’aurais mieux aimé savoir ce qu’il faisait dans la vie. Ouvrier ? À la rigueur. Plus probablement petit bourgeois. Trente-neuf ans, marié et père de famille : manifestement, il avait plus d’un enfant. Deux, trois ou davantage ? Garçons ou filles ? Aucune idée.

A propos de…

H. O. Burrell est un des grands cris de colère et de mépris de notre temps. Un écrivain qui parle le langage de la raison avec les armes des petits faits vrais, c’est toujours intéressant. Quand cet écrivain est aussi un grand artiste, c’est ce qu’on peut demander de mieux.

Claude Roy, Libération, 1952

C’est une histoire vraie. Comment H. O. Burrell en était-il arrivé-là ? Quelle monstrueuse machine à décerveler l’avait à ce point privé de raison qu’il avait comme le ministre de la guerre Forrestal fini par voir sous son lit le spectre d’un soldat rouge – le couteau, naturellement, entre les dents ?

Pierre Courtade, L’Humanité, 1952

Ce livre suppose une si prodigieuse connaissance de la vie et des mœurs américaines, une telle accumulation de faits véridiques et d’observations minutieuses, que seul pouvait l’écrire un écrivain qui, comme l’auteur des Etats-Désunis, connaît bien ce pays où il a longtemps vécu et qu’il aime.

Démocratie Nouvelle, 1952